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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 18:54
Aminata Traoré

Un autre monde est possible. Si l'on est sage

 

Tandis que le président Hollande était au Brésil où, avant le lancement des JO, il assistait à un cocktail offert par son homologue intérimaire Michel Temer, l'ancienne ministre malienne Aminata Traoré apprenait que, faute de visa, elle ne pourrait assister au 12ème Forum social mondial qui vient de se tenir à Montréal. Le rapport entre ces deux faits ? Le FSM s'est réuni pour la première fois au Brésil, à Porto Allegre, en 2001. Il s'agissait, et il s'agit toujours pour ce « contre-Davos », d'approfondir la réflexion de la société civile qui s'oppose au néolibéralisme. Au Brésil, le président que le chef d'État français a salué n'est autre que celui qui s'est assis dans le fauteuil de Dilma Roussef, la présidente progressiste terrassée par une droite revancharde, libérale, anti-féministe et homophobe.

 

Le libéralisme ne connaît décidement pas de limites. C'est la première fois depuis sa création que le FSM se réunit dans une grande capitale occidentale. Et l'État qui le reçoit ne trouve rien de mieux que de refuser le visa à plus de 200 conférenciers ou invités étrangers dont le président du syndicat palestinien des postiers, Imad Temiza, le syndicaliste brésilien Rogerio Batista et... Amina Traoré. Face à la polémique qui n'a pas manqué d'éclater, cette dernière a été invitée à refaire sa demande. C'était mal la connaître. Drapée dans sa dignité, elle a refusé par solidarité avec les autres exclus et a décidé de rester à Missira, le quartier populaire de Bamako où elle vit et où elle porte des projets d'inclusion sociale et d'autonomisation pour les femmes et les jeunes de ce quartier.

 

Écrivaine, auteure notamment de « L'Afrique humiliée », Aminata Traoré ne s'en laisse pas conter. Docteur en psychologie sociale, celle qui fut ministre de la Culture et du Tourisme de 1997 à 2000 (sous la présidence d'Alpha Oumar Konaré) a laissé son portefeuille pour retrouver sa liberté de parole. En novembre 2003, elle est venue à Lille, à l'invitation du regretté festival culturel Fest'Africa. Elle venait de publier « Le viol de l'imaginaire », un livre où elle démolit les tenants d'une mondialisation qui paupérise encore plus le Sud au profit du Nord. Elle n'y épargne pas le marché mondial vers lequel est détournée la production du peuple qui lui-même ne profite de rien.

 

Amina Traoré est persuadée que seul un vrai combat politique peut amener un changement radical dans les pays du Sud. La société civile doit alors servir de contrepoids, à l'exemple de la marche de Seattle qui a précédé la mise en place du FSM, en 1999, ou des collectifs anti-mondialisation. Altermondialiste véritablement dérangeante, l'ex-ministre malienne n'en est pas à son premier refus de visa. Il y a trois ans, elle n'a pu entrer en France. C'était au moment où François Hollande se glorifiait de l'opération Serval au Mali, contre les islamistes, et des futures élections maliennes dont il entendait fixer le calendrier. La militante altermondialiste rejetait tant l'opération militaire française que la « démocratie de façade » que Paris préparait pour Bamako.

 

A la démocratie libérale chère à l'occident, Aminata Traoré préfère la recherche d'une autre voie afin de « donner un vrai contrôle aux citoyens ». La suprématie libérale ne peut accepter qu'un autre monde soit ainsi possible.

 

Philippe ALLIENNE

(pubié dans Liberté Hebdo n°1132-33 du 19 août 2016

 

 

 

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Published by Kelma Presse
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