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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 08:41

Un président « pas de bol »

« J'ai eu tort, je n'ai pas eu de bol, en même temps, j'aurais pu gagner ». Voilà en quels termes le président François Hollande juge-t-il dans un livre son pari manqué d'inverser la courbe du chômage dès 2013.

C'était donc un jeu, à l'image des programmes télévisés qui rendent le public plein d'empathie pour un candidat au million ! Si ce dernier remporte la mise, le téléspectateur n'aura rien de plus que de savoir son champion heureux et de participer à son bonheur par procuration. S'il perd, c'est la faute à « pas de chance », à un mauvais timing, à un mauvais réflexe. Le téléspectateur retournera à ses occupations en attendant la prochaine émission et le prochain candidat.

Sauf qu'ici, l'enjeu n'est pas le million de Foucault (Jean-Pierre, pas le philosophe). Il ne doit guère plus porter sur le droit ou non de participer à la course à un second mandat. L'enjeu, ce sont les électeurs, le peuple, qui ont été trompés par un faiseur de rêve, un doreur de pilule.

Qu'a-t-il donc pris au président d'invoquer ainsi la chance ? Voilà qui n'est pas sans évoquer ce ministère chiraquien de la « promotion de l'égalité des chances ». Tout ne serait donc qu'une question de chance ? « Quand il pleut des roubles, le malchanceux n'a pas de sac » disait Coluche. C'est donc sa faute.

Est-ce la faute à « pas de chance » si les chômeurs ne trouvent pas d'emploi ? Est-ce la faute à « pas de chance » si leur nombre a largement franchi le seuil de l'intolérable ? Est-ce la faute à « pas de chance » si les travailleurs précaires et les travailleurs pauvres se tuent à la tâche sans être à même, pour autant, de payer leur loyer ? Nous faut-il compter sur la chance pour vivre dignement ? Avons-nous besoin de chance pour obtenir un travail qui corresponde à nos aspirations, avec un salaire digne ? Est-ce parce qu'ils n'auront pas de chance que nos enfants ne pourront pas faire les études qu'ils souhaitent, ne pourront plus croire au bonheur ?

« Un président qui n'a pas eu de bol » ? Voilà bien une expression qui n'était pas nécessaire pour aggraver encore le dégoût du peuple pour la politique ou, plutôt, pour « les » politiques qui n'ont de cesse de nous convaincre qu'il nous faut nous résigner. Que rien d'autre n'est possible sauf le pire. Le président Hollande, qui se targue par ailleurs de savoir manipuler les journalistes, en sait quelque chose. Ce n'est pas digne.

Philippe ALLIENNE

(publié dans Liberté Hebdo n°1234 du 26 août 2016)

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Published by Kelma Presse
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