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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 22:55

 

Moussa le Gaulois et Nicolas l'Africain

 

Elle commence super bien la campagne de la droite. Vachement primaire, mais bien. Sans doute jaloux de l'imagination fertile de Manuel Valls et de sa vision sur le sein nu de Marianne, Nicolas Sarkozy offre une vision fantasmée de l'Histoire de France. « Dès que l'on devient français, nos ancêtres sont gaulois » a-t-il déclaré avec l'assurance d'un barde tournaisien. Passons sur les commentaires et recadrages des historiens qui, on les comprend, se sont offusqués de cette confusion entre réalité historique et roman national. Le prétendant en remet une couche en expliquant qu'il voulait insister sur le nécessaire assimilationnisme. On aura compris qu'il ne connaît rien à l'histoire du pays de son père qui lui, le voyait plutôt président des États Unis. Quand on connaît la culture et la tradition américaine, on se dit que le petit Nico a échappé à un beau bordel mental.

L'affaire aurait pu s'arrêter là. C'était sans compter sur la loyauté démesurée du coordinateur de campagne du candidat. Gérald Darmanin, revenu dans les pas de Nicolas Sarkozy, balance deux tweets qui valent le jus. « Deux grands-pères de l'autre côté de la Méditerranée et l'école de la République m'éduqua dans l'histoire de Clovis et de Napoléon ». C'est dur. Très dur. Durant la guerre d'indépendance d'Algérie, l'un des grands-pères était harki et se battait pour l'Algérie française. Aujourd'hui, son petit-fils, Moussa (second prénom de Gérald), maire LR de Tourcoing et élu régional et communautaire, se réclame de Clovis et de Napoléon. Pour l'empereur, on retrouve les goûts de Manuel Valls (encore lui). Mais avec Clovis, qui a cassé une tête pour un vase brisé qu'il s'était promis d'offrir à un évêque, nous sommes dans les racines profondes de notre culture chrétienne chère à Nicolas Sarkozy, à la droite, à l'extrême droite. Clovis, c'était aussi la référence de la lignée royale.

Mais M. Darmanin complète et donne dans l'humour : « Petit, re-tweete-t-il, mes parents bercèrent mes jeunes années avec Astérix et Obélix. Mes ancêtres étaient culturellement gaulois. Et j'en suis heureux ». L'identité heureuse, c'est donc ça. On se noit ici, et sans burkini, dans le grotesque. Les personnages de Gossiny et Uderzo sont à la Gaule ce que Sarkozy est à l'Afrique et à l'homme africain.

En son temps, c'était en 1996, Zaïr Kédadouche avait écrit un livre, « Zaïr le Gaulois ». Cet élu, passé du PS au RPR, racontait son histoire de petit Français de parents kabyles et se définissant comme un « petit Gaulois découvrant le Mont Gerbier-des-Joncs ». Il a tout fait pour s'assimiler. Mais, devenu haut fonctionnaire, nommé ambassadeur à Andorre, il a fini par démissionner du Quai d'Orsay. Il en avait ras le bol du comportement raciste et discriminatoires d'autres hauts fonctionnaires. C'est peut-etre cela que nous raconte aujourd'hui le candidat Sarkozy : l'aspiration à une France blanche qui refuse de considérer ses multiples racines et sa richesse multicolore.

 

Philippe ALLIENNE

 

publié dans Liberté Hebdo n°1238 du 23 septembre 2016

 

 

Les Gaulois

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Published by Kelma Presse
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