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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 09:23

Un si joli village

 

Gussignies, son clocher, son château du XVIIIème siècle, sa brasserie célèbre pour sa cuvée des Jonquilles, une blonde qui la dispute à l'ambrée et à la brune des Saison Saint-Médard. Gussignies, un peu de moins de 400 âmes dans un écrin de verdure de l'Avesnois. Une de ces « petites France » chères à Pierre Bonte, l'inventeur du bonheur dans le pré.

Gussignies vient de frissonner en essuyant un coup de tonnerre épouvantable. Virgine Klès, sous-préfète d'Avesnes-sur-Helpe, avait en effet prévu d'y installer 60 migrants. Elle a agi dans le cadre du plan de répartition du gouvernement selon lequel les Hauts de France doivent accueillir un millier des réfugiés qui sont actuellement dans la jungle de Calais. 

On apprécie au passage la délicatesse avec laquelle l'État français traite le dossier des migrants. Il n'empêche, les Gussigniens ont fait preuve d'un esprit grégaire particulièrement aigu pour dénoncer une tentative de passage en force et pour ester en justice. Ils ont gagné, la sous-préfecture a renoncé à son projet.

Interrogés par la chaîne publique régionale France3, les habitant de ce si joli village se livrent, sans véhémence et sans haine (c'est d'autant redoutable) au jeu de la vérité. Celle qui vient du cœur. « Imaginez des gens de 25-30 ans toute une journée ici, à ne rien faire ! » compatit faussement une brave paroisienne. Comprenez : « notre village est trop isolé et n'offre aucun avenir pour les migrants ». C'est oublier ces autres villages qui, mourrant dans leur isolement, ont pu renaître grâce à l'arrivée de migrants qui se sont immédiatement mis au travail.

Mais le plus bel aveu vient de ce jeune et séduisant brasseur au style gendre encore idéal : « L'État déplace le problème (les migrants) devant notre terrasse, dénonce-t-il. Nos clients ne trouveront plus ce qu'ils viennent chercher depuis 40 ans ». Traduction : le tourisme ne saurait souffrir la présence de quelques dizaines d'étrangers fuyant la guerre. « Les migrants représentent une menace pour la paix de notre village ». Gussignies : ses trois restaurants, sa brasserie, son gîte rural , son haut débit, son revenu par habitant supérieur de 25% à la moyenne nordiste, et sa nouvelle bière nommé « Noblesse oblige » destinée à l'exportation vers les États-Unis.

Certains météorologues annoncent un hiver rigoureux. Très rigoureux. A Gussignies, près de 400 âmes frileuses s'emmitoufflent sous le vent glacial qui a commencé à souffler. A l'entrée de la commune, une pancarte prévient : « Pas de migrants dans nos villages ».

 

(publié par Liberté Hebdo n°1240 du 7 octobre 2016)

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Published by Kelma Presse
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