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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 23:44

La tentation Maggie


 

Lorsque l'on a cru percevoir des accents de keynésianisme chez Theresa May, Premier ministre conservateur du Royaume-Uni depuis juillet, et en écoutant sa volonté de réformer le capitalisme, on a pu se dire que le thatchérisme faisait partie du passé. De ce côté ci de la Manche, pourtant, les prétendants à l'Élysée, déclarés ou non, semblent plutôt s'intéresser à Margaret Thatcher et à l'ensemble de son œuvre de la décennie quatre-vingt qu'à l'actuelle locataire de Downing Street.

Juste avant l'ouverture des Primaires à droite, l'hebdomadaire Le Point consacre sa couverture à la « Dame de fer » disparue en 2013. C'est que les discours de cette dernière sont désormais traduits en français, une publication que l'hebdomadaire libéral de Franz-Olivier Giseberg qualifie « d'événement éditorial ». « Thatcher, le meilleur programme pour 2017 ? », s'interroge-t-il en estimant que « la France d'aujourd'hui ressemble au Royaume-Uni de 1979 », date de l'arrivée au pourvoir de Margaret Thatcher.

Est-ce à dire que comparaison est raison et qu'il faut appliquer à la France les mêmes remèdes que ceux qui ont été imposés à un Royaume-Uni dont on disait il y a 35 ans qu'il était « l'homme malade de l'Europe » ? Sans aller tout à fait jusque là, on découvre l'admiration que portent à Mme Thatcher la plupart des candidats de droite. François Coppé loue sa méthode de commandement qui a permis les réformes drastiques du Royaume. Bruno Lemaire note qu'elle est parvenue à faire ce « qu'aucun politique français n'a réussi à faire depuis trente ans : redresser son pays en allant au bout des réformes ». Nathalie Kosciusko-Morizet, qui veut une « Nouvelle France » revendique un « thatchérisme modernisé » et entend « supprimer 100 milliards des charges et impôts qui pèsent sur les entreprises » et en prioriser le travailleur indépendant par rapport au salarié. Quant à Mathieu Laine, essayiste proche d'Emmanuel Macron, il salue la lucidité de François Fillon qui invoque Margaret Thatcher. Mais il fait confiance à l'ancien ministre de l'Économie pour endosser le tailleur bleu de la libérale britannique.

L'air de rien, voilà les politiques défenseurs du libéralisme et de l'austérité en train de remettre au goût du jour la bataille, vieille de 80 ans, entre les économistes John Maynard Keynes et son contradicteur, pape de l'ultra libéralisme, Friedrich August Von Hayek. C'est ce dernier qui a le plus inspiré la politique de Margaret Thatcher : haine du socialisme, refus de la « démocratie illimitée » plaidoyer pour un « gouvernement limité » et une réduction de la taille de l'État au profit de l'initiative privée. Effectivement, Mme Thatcher a été bonne élève de Von Hayek. Elle a commencé par briser la grève des mineurs de 1984 en la déclarant illégale. Les syndicats ont été mis au tapis et on a fait porter le chapeau au dirigeant du syndicat des mineurs, Arthur Scargill, accusé de ne savoir, par extrêmisme, composer avec les syndicats réformistes. Voilà qui n'est pas sans rappeler des faits récents, en France, à l' encontre de la CGT et de son dirigeant Philippe Martinez ! Les privatisations (télécommunications, gaz, transports ferroviaires et aériens...) ont été multiples, les services publics ont été attaqués.

35 ans après, sous David Cameron, le croissance économique s'est ralentie, le chômage est reparti et les contrats de travail ultra-précaires se sont développés. Mais les dépenses publiques ont été maîtrisées, le remboursement de la dette s'est fait au prix de l'austérité, au Royaume-Uni comme à l'échelle européenne où l'on étouffe des pays comme la Grèce. Beau modèle en effet. Où sont les perspectives promises par ces experts d'un autre monde ?


Philippe ALLIENNE

Liberté Hebdo n° 1241 - 14 octobre 2016

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Published by Kelma Presse
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