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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 12:01

Deux lumières s'éteignent

 

Loin des débats stériles et de l'islamophobie ambiante, Malek Chebel était un ardent et brillant avocat de l' « Islam des lumières ». Sous ce titre prometteur, il faut comprendre un islam lu, compris et vécu dans un monde moderne, un islam qui n'a rien à voir avec les interprétations moyen-âgeuses, réactionnaires et mal digérées de « barbus » souvent ignares et/ou assoiffés de pouvoir.

Malek Chebel était un libre-penseur. Anthropologue des religions et psychanaliste, il considérait que la religion devait rester l'affaire des individus et, à ce titre, demeurer dans la sphère privée. Pour lui, il ne doit y avoir aucun lien avec le politique. En ce sens, l'islam politique est un oxymore. Parmi son œuvre littéraire, on retiendra « L'Islam pour les nuls », « Le Coran pour les nuls », son « Dictionnaire amoureux de l'islam », « L'érotisme arabe » et, bien sûr, sa nouvelle traduction du Coran, « accessible à tous » à laquelle il avait consacré dix ans de sa vie. Grand défenseur de la culture arabe qu'il s'est évertué à faire connaître, il manquera incontestablement aux victimes de l'ignorance et de la haine ordinaire tellement bien diffusée aujourd'hui. Les pseudo-intellectuels tant chéris des médias ne pourront ignorer sa pensée et ses travaux et n'en seront que plus ridicules quand ils déverseront leurs torrents de boue.

Malek Chebel s'est éteint le 12 novembre à l'âge de 63 ans. Au même moment, à La Réunion, mourrait une autre grande figure. A 91 ans, Paul Vergès était entré dans l'Histoire. Beaucoup moins médiatisé que son frère, l'avocat Jacques Vergès disparu en 2013, il avait été élu une première fois en 1955 comme conseiller général. Il sera ensuite élu trois fois député, deux fois député européen, deux fois sénateur et deux fois président de région. Durant la seconde guerre mondiale, il avait 17 ans lorsque, avec son frère, il avait rejoint les Forces françaises libres. Militant anti-impéraliste depuis sa jeunesse, il avait fondé le parti communiste Réunionnais. Son engagement politique lui avait d'ailleurs valu plusieurs condamnations.

Paul Vergès était viscéralement attaché à La Réunion dont il avait d'abord souhaité l'indépendance. Jusqu'au bout de sa vie, il a lutté contre la misère sociale et le retard économique dont souffre son île. Il est aussi l'un des premiers à avoir prôné son autonomie énergétique et mis en garde contre le réchauffement climatique.

A l'annonce de la disparition de Malek Chebel et de Paul Vergès, les élus de droite et socio-libéraux se sont unis dans un même concert de louanges. Si l'exemple lumineux de ces deux hommes pouvait au moins les réveiller. Mais ils savent bien que ni les promesses, ni les louanges ne sauraient les engager.

 

Philippe ALLIENNE

Publié dans Liberté Hebdo n° 1246 du 18 novembre 2016

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Published by Kelma Presse
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