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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 09:03

Matraquage téléguidé

La dureté du métier de policier et la tension qui règne dans les quartiers peuvent-ils expliquer le crétinisme des contrôles au faciès, leur systématisation, leur brutalité ? En aucun cas, cela n'est attendu d'une police républicaine et responsable. Le policier n'a en principe pas de rapport avec les « flics » qui ont brutalisé Théodore, à Aulnay-sous-Bois.

On pourrait se demander ce qui a motivé l'utilisation d'une matraque télescopique pour humilier ainsi un jeune qui n'avait visiblement commis aucun acte répréhensible. Et quand bien-même, les tentatives d'excuses tendant à mettre en avant la possibilité d'un « accident », d'une « mauvaise manipulation » d'une arme qui nécessite de la formation et de la maîtrise, n'expliquent rien. Elles ne font au contraire qu'alourdir la suspicion contre une police qui cherche à dominer. L'habitude du tutoiement, dans les quartiers, le langage brutal, l'utilisation d'un arabe approximatif, sont autant d'actes racistes.

Ils sont nombreux. Ziad et Bouna, en 2005, Rémi Fraisse en 2014, les manifestants contre la loi Travail, l'an passé, Adama, Théo, Mohamed K (passé à tabac le 26 janvier, à Aulnay-sous-Bois encore), et combien d'autres ? Oui, on peut se demander ce qui a conduit quatre hommes armés à torturer et à violer un jeune homme avant de le traiter de « Bamboula ». La réponse est dans la réaction de ce représentant de la police qui estime que le terme « Bamboula » n'est pas si grave. Elle est dans les paroles du ministre de l'Intérieur, Bruno Le Roux, qui évoque un « accident tragique ». Elle est dans la politique qui consiste à réduire la police à un rôle répressif et à considérer que les quartiers, les banlieues, les cités, c'est-à-dire les lieux abandonnés par la République, sont des terrains de guerre. On ne peut dans ce cas, parler de « dérapages policiers ». La police ne fait qu'obéir à un État qui déconsidère une partie de la population.

Les médias, souvent, accompagnent cet état d'esprit en mettant en avant les violences et les « casseurs ». Quelques dizaines d'excités, venus pour en découdre, doivent-ils ravir le rôle positif des 2000 manifestants de Bobigny ? Ces derniers, et les deux jeunes qui ont appelé à la mobilisation sur les réseaux sociaux, ne demandent rien d'autre que la paix. Mais une paix sans justice est irréaliste, comme l'ont rappelé les 400 manifestants lillois, ce mercredi 15 février. Il est urgent que, au lieu de jeter de l'huile sur le feu, les politiques s'emparent du débat. Il est urgent de revenir à une police de proximité, d'instaurer un récépissé lors des contrôles d'identité, de raréfier ces contrôles, et de mettre en place un plan de lutte contre les discriminations raciales.

 

Philippe ALLIENNE

(Billet publié par Liberté Hebdo du 17 février 2017)

 

 

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Published by Kelma Presse
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