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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 21:48

Les Fâcheux contre Molière

Que diable ces élus LR allaient-ils faire dans cette galère ? Afin de limiter le nombre de travailleurs détachés sur les chantiers publics, les régions dirigées par la droite ont trouvé le moyen de contourner la directive européenne en optant pour la préférence nationale chère à l'extrême droite. Comment ? En obligeant les entreprises qui répondent à leurs appels d'offre d'embaucher des ouvriers parlant le français. Officiellement, cette mesure est nécessaire pour que les travailleurs détachés comprennent clairement les consignes de sécurité sur les chantiers.

Dernière en date, la présidente de la Région Ile-de-France, Valérie Pécresse, vient de faire adopter ce que l'on appelle la « clause Molière ». En Auvergne-Rhône-Alpes, Laure nt Wauquiez l'avait devancée, tout comme la région Normandie et, il y a un an, la région Hauts-de-France. A Lille, le conseiller régional LR Sébastien Leprêtre nie toute volonté de stigmatiser et discriminer les salariés. Mais il avoue que la langue française fait figure d'excellent outil pour contrarier une directive qui « a créé un appel d'air avec beaucoup d'excès. »

Si l'on considère qu'un élu doit être exemplaire, ne conviendrait-il pas de le soumettre à la dictée de Prosper Mérimée avant toute validation de candidature ? Ce serait bien plus drôle que la course aux parrainages. Souvenons-nous :

« Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l’amphitryon, fut un vrai guêpier. (...) » Encore s'agit-il ici de la version proposée par l'auteur. Après la réforme de 1990, il faudrait plutôt écrire  « ambigüité », « diner » et « cuisseaux », qu'ils soient de veau ou de chevreuil.

Quel bonheur ce serait d'entendre Frédéric Lefebvre défendre la « clause Jean-Baptiste Poclain » ! Que ne jubilerait-on en nous souvenant, avec Michel Sapin, que « l'endettement de la France n'a pas cessé de croisser » ! Que ne saurions-nous nous émouvoir devant le spectacle de Najat Vallaud-Belkacem se pâmant face au « professionalisme » des gendarmes de Tulle... Comment résister, encore, à l'art de tweeter de Nadine Morano ? « Il aura fallu 2 ans à François Hollande pour faire adopter la loi dite Florange qui restera dans les anales de l'inutilité ».

Lorsque la dictée de Mérimée fut proposée en 1857 pour amuser la cour de Napoléon III, l'empereur aurait fait 75 fautes, l'impératrice 62, Alexandre Dumas 24. L'ambassadeur d'Autriche, le prince Metternich, n'en n'aurait commis que trois. Les travailleurs détachés, à l'époque, tenaient haut la barre et auraient forcé l'admiration de M. Poquelin. Les Fâcheux ne savent pas.

Philippe ALLIENNE

Illustration : Construction Cayala.

(Billet publié par Liberté Hebdo n° 1263 du 17 mars 2017).

 

Pour les amateurs, voici le texte intégral de la dictée de Prosper Mérimée publié en 1900 par Léo Claretie :

« Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l’amphitryon, fut un vrai guêpier.

Quelles que soient, quelque exiguës qu’aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu’étaient censés avoir données la douairière et le marguillier, il était infâme d’en vouloir, pour cela, à ces fusiliers jumeaux et malbâtis, et de leur infliger une raclée, alors qu’ils ne songeaient qu’à prendre des rafraîchissements avec leurs coreligionnaires.

Quoi qu’il en soit, c’est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s’est laissé entraîner à prendre un râteau et qu’elle s'est crue obligée de frapper l’exigeant marguillier sur son omoplate vieillie.

Deux alvéoles furent brisés ; une dysenterie se déclara suivie d’une phtisie et l’imbécillité du malheureux s’accrut.

Par saint Martin, quelle hémorragie ! s’écria ce bélître.

À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent debagage, il la poursuivit dans l’église tout entière. »

 

 

 

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Published by Kelma Presse
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