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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 12:12

L'entreprise privée

met le TGV sur autoroute

 

Mais que faisait donc François Hollande ce mardi 28 février à  Villognon, une bourgade d'environ 300 habitants, au nord d’Angoulême ? Il inaugurait, non pas les chrysanthèmes, mais la nouvelle ligne à grande vitesse (LGV) entre Tours et Bordeaux. 300 km qui mettront Paris à 2 heures de la capitale girondine.

Ces 300 kilomètres représentent un investissement de 7,6 milliards d'euro financé à plus de 50% par des capitaux privés versés par Lisea, un consortium détenu à un tiers par la société Vinci. En 2011, il a obtenu une concession de 50 ans pour construire, gérer et assurer la maintenance de cette ligne à grande vitesse. Les voyageurs peuvent déjà se questionner sur leur sécurité. Mais cette ligne sera gérée comme une autoroute.

La dernière LGV, entre Paris et Strasbourg, avait été financée à 80% par des fonds publics, un système qui fait désormais partie de l'Histoire, depuis que Nicolas Sarkozy a entériné en 2007 la privatisation du rail français et lancé quatre projets de LGV. Or, il y a dix ans, Réseau ferré de France (RFF), gestionnaire du réseau ferré, n'avait plus les moyens de financer les LGV qui se décidaient (Nicolas Sarkozy en avait lancé quatre). RFF, devenu aujourd'hui SNCF Réseau, s'en est donc remis aux investisseurs privés. Pour paraphraser une célèbre série américaine, « le plan s'est déroulé sans accroc ». Mais les usagers, ou plutôt les clients, vont-ils adorer ? Car nous assistons à un chagement radical de logique.

Avant la privatisation, le gestionnaire du réseau, RFF (SNCF Réseau), percevait les redevances dues pour l'utilisation de l'infrastructure. Elles étaient payées par le contribuable. A présent, c'est l'opérateur privé, en l'occurence Vinci, qui va percevoir non une redevance, mais un péage qui sera inclus dans le prix du billet des voyageurs. Le montant de ce péage dépendra du nombre de trains et non plus du nombre de voyageurs qui emprunteront le réseau. Et Vinci a obtenu plus de 33 aller-retour, dont 18 TGV directs entre Paris et Bordeaux. Cela permettra à la société privé de s'assurer un revenu annuel de 250 millions d'euros.

Le démarrage commercial de la ligne est prévu le 2 juillet. On ne connaîtra les nouveaux tarifs que le 13 mars. Augmenter les tarifs tout en développant sa clientèle, tel est le pari de la SNCF qui table sur 2 millions de voyageurs supplémentaires d'ici 2019. Elle avoue en même temps que la ligne ne sera pas rentable et entraînera même, sur son budget 2017, une perte de 90 millions d'euros pour les six premiers mois d'exploitation. Elle sera pourtant prolongée vers Toulouse et Dax. Les sociétés Eiffage et Bouygues sont partenaires pour les lignes Le Mans-Rennes (qui démarre elle aussi le 2 juillet) et la future Nîmes-Montpellier.

Philippe ALLIENNE

(Billet publié par Liberté Hebdo du 3 mars 2017)

 

 

 

 

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Published by Kelma Presse - dans Actualités
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