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18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 21:26

Polis - Civitas

 

A priori, l'observateur qui assiste à la constitution du gouvernement Philippe a bien du mal à s'y retrouver. Les codes ont changé. Certes, le candidat Emmanuel Macron avait prévenu qu'il surprendrait et que sa volonté de « renouvellement » serait pour bonne part à l'origine de cette surprise. De fait, le chroniqueur politique de la Vème République se sent un peu coincé, comme l'étaient dans les années soixante, les critiques littéraires puis, plus tard et de de façon plus amplifiée, les critiques cinématographiques qui découvraient des auteurs comme Alain Robbe-Grillet. Entre autres.

Est-ce à dire que le nouveau président serait l'inventeur d'une nouvelle politique à l'image du nouveau roman ou d'un autre cinéma du siècle passé ? Ce n'est pas si simple. Changer les codes ne suffit pas, la politique qui s'annonce ne sort pas tant qu'elle le voudrait paraître des sentiers battus.

Le quotidien « Le Monde », qui n'est pas celui du Grand Soir, rappelle que le premier ministre Édouard Philippe est « petit-fils de docker du Havre, arrière-petit-fils du premier encarté communiste de la ville ». La belle affaire, pour celui qui nomme au ministère de « l'Europe et Affaires étrangères » celui qui a détruit le statut des dockers, en 1992.

Certains médias se pâment devant une liste de 18 ministres et 4 secrétaires d'État dont la moitié est issue de la société civile. Notre nation devrait-elle ainsi se féliciter de l'arrivée de Françoise Nyssen, jusque là inconnue sauf dans le monde de l'édition, au ministère de la Culture ? Certes, elle ne se trompera pas en citant « La Modification » de Michel Butor. Mais encore ? L'ex-directrice des éditions Actes Sud, macroniste déclarée durant la campagne présidentielle, a-t-elle une réelle vision politique de la culture ? Peut-être faudrait-il le demander à la comédienne nordiste Corine Masiero qui, à l'occasion, n'hésite pas à passer une nuit sur les toits pour défendre le statut d'intermittent du spectacle.

Onze membres « issus de la société civile » sur 21. « C'est énorme ! » clamerait Lucchini. Une éditrice à la Culture, un médecin à la Santé, une championne olympique aux Sports, un spécialiste du numérique au Numérique, une présidente d'Université (et biochimiste) à l'Enseignement supérieur.... Pourquoi pas ? Mais cela nous rappelle le pouvoir des technocrates.

Au sens où l'entendait Cicéron, la société civile correspondait à une unité politique de la cité, c'est-à-dire à une communauté de citoyens constituée dans le but du « bien vivre ». Ce n'est pas ce que préconisent Emmanuel Macron et le gouvernement qui se préfigure. Dans la gouvernance, mais aussi dans la philosophie de ce qu'il faudra bien appeler le « système Macron » (le macronisme?), l'économie va primer et sera dépendante de la communauté européenne telle qu'elle existe aujourd'hui.

En ce sens, la société civile telle qu'on l'entend maintenant a peu de chance d'agir sur l'État. Elle les a toutes de se recomposer dans l'État. Sous la marque du libéralisme le plus dur.

 

Philippe ALLIENNE

(Billet publié dans Liberté Hebdo n° 1272 du 19 mai 2017)

 

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Published by Kelma Presse
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