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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 19:29

L’ami algérien

 

 

Henri Alleg est mort à Paris le 17 juillet, à l’âge de 91 ans. Retour sur les débuts d’un militant engagé pour la dignité de l’homme.

 

C’était il y a 17 ans, déjà. « Liberté Hebdo » préparait un  numéro spécial sur l’Algérie où le terrorisme islamiste atteignait son apogée. Nous avions alors sollicité le témoignage d'Henri Alleg. L’auteur de « La Question » avait longuement hésité. « C’est que, s’était-il justifié, je n’ai plus de lien avec l’Algérie d’aujourd’hui. Que pourrais-je vous dire ? » 

 

Que ressentait-il, face à ce terrorisme qui déchirait un pays et un peuple pour lesquels  il avait accepté l’idée de mourir quarante ans plus tôt ? Que ressentait-il pour ce pays qui semblait s’être éloigné de « l’idée de fraternité », une des motivations du jeune Alleg lorsqu’il est devenu communiste ? « Quoi qu’il en soit, avait-il confié, personne n’a aujourd’hui le droit de donner des leçons de morale au peuple algérien. »

 

De son vrai nom Henri Salem, ce petit-fils d’immigrés juifs russo-polonais est né à Londres en 1921. Il devient Français après l’installation de ses parents en France et Algérien par choix dès 1962. Le lecteur de Konrad assoiffé de voyages débarque pour la première fois en Algérie en 1939. Il a 18 ans.  Durant la seconde guerre mondiale, fermement anti-vichyste et anti-fasciste, il s’initie au marxisme grâce à des brochures que lui donnent des soldats américains communistes !

 

Mais c’est à partir de fin 1944, en découvrant la famine dans le sud du Constantinois, qu’il prend la véritable dimension de la réalité coloniale  Bien plus encore, en 1947, lorsqu’il se rend dans les mines de fer de l’Ouenza, au sud d’Annaba, et découvre la condition des mineurs. « Tant que je n’étais pas sorti d’Alger, témoigne-t-il, j’avais une vision tiède du colonialisme. Désormais, je ne parlerai plus de l’oppression comme une idée abstraite ». Avec son ami Abdelkader Benzegala, il improvise un meeting et gagne le respect des ouvriers. C’était quelques mois avant une longue grève de 66 jours, en 1948.  Et six ans avant le déclenchement de la guerre d’indépendance.

 

Fort de ses convictions et rêvant d’une Algérie multiculturelle, c’est cet homme qui, devenu directeur d’Alger Républicain, dira plus tard à ses tortionnaires français : « Je n’ai pas peur de vous ».

 

Philippe ALLIENNE

 

article publié dans Liberté Hebdo n° 1077 du 26 juillet 2013

 

Sources :

 « Un rêve algérien », documentaire de Jean-Pierre Lledo - 2003

« Mémoire algérienne : Souvenirs de luttes et d'espérances » – Henri Alleg - Stock 2005

 

 

 

 

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Published by Kelma Presse - dans Actualités
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