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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 22:55

 

Moussa le Gaulois et Nicolas l'Africain

 

Elle commence super bien la campagne de la droite. Vachement primaire, mais bien. Sans doute jaloux de l'imagination fertile de Manuel Valls et de sa vision sur le sein nu de Marianne, Nicolas Sarkozy offre une vision fantasmée de l'Histoire de France. « Dès que l'on devient français, nos ancêtres sont gaulois » a-t-il déclaré avec l'assurance d'un barde tournaisien. Passons sur les commentaires et recadrages des historiens qui, on les comprend, se sont offusqués de cette confusion entre réalité historique et roman national. Le prétendant en remet une couche en expliquant qu'il voulait insister sur le nécessaire assimilationnisme. On aura compris qu'il ne connaît rien à l'histoire du pays de son père qui lui, le voyait plutôt président des États Unis. Quand on connaît la culture et la tradition américaine, on se dit que le petit Nico a échappé à un beau bordel mental.

L'affaire aurait pu s'arrêter là. C'était sans compter sur la loyauté démesurée du coordinateur de campagne du candidat. Gérald Darmanin, revenu dans les pas de Nicolas Sarkozy, balance deux tweets qui valent le jus. « Deux grands-pères de l'autre côté de la Méditerranée et l'école de la République m'éduqua dans l'histoire de Clovis et de Napoléon ». C'est dur. Très dur. Durant la guerre d'indépendance d'Algérie, l'un des grands-pères était harki et se battait pour l'Algérie française. Aujourd'hui, son petit-fils, Moussa (second prénom de Gérald), maire LR de Tourcoing et élu régional et communautaire, se réclame de Clovis et de Napoléon. Pour l'empereur, on retrouve les goûts de Manuel Valls (encore lui). Mais avec Clovis, qui a cassé une tête pour un vase brisé qu'il s'était promis d'offrir à un évêque, nous sommes dans les racines profondes de notre culture chrétienne chère à Nicolas Sarkozy, à la droite, à l'extrême droite. Clovis, c'était aussi la référence de la lignée royale.

Mais M. Darmanin complète et donne dans l'humour : « Petit, re-tweete-t-il, mes parents bercèrent mes jeunes années avec Astérix et Obélix. Mes ancêtres étaient culturellement gaulois. Et j'en suis heureux ». L'identité heureuse, c'est donc ça. On se noit ici, et sans burkini, dans le grotesque. Les personnages de Gossiny et Uderzo sont à la Gaule ce que Sarkozy est à l'Afrique et à l'homme africain.

En son temps, c'était en 1996, Zaïr Kédadouche avait écrit un livre, « Zaïr le Gaulois ». Cet élu, passé du PS au RPR, racontait son histoire de petit Français de parents kabyles et se définissant comme un « petit Gaulois découvrant le Mont Gerbier-des-Joncs ». Il a tout fait pour s'assimiler. Mais, devenu haut fonctionnaire, nommé ambassadeur à Andorre, il a fini par démissionner du Quai d'Orsay. Il en avait ras le bol du comportement raciste et discriminatoires d'autres hauts fonctionnaires. C'est peut-etre cela que nous raconte aujourd'hui le candidat Sarkozy : l'aspiration à une France blanche qui refuse de considérer ses multiples racines et sa richesse multicolore.

 

Philippe ALLIENNE

 

publié dans Liberté Hebdo n°1238 du 23 septembre 2016

 

 

Les Gaulois
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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 19:28

Dia, là où la vie vaut pas cher

 

Après l'affaire de la caissière tourquennoise d'Auchan City, licenciée (et finalement réintégrée) pour une erreur de 85 centimes, voici celle du caissier de Dia, 57 ans, qui vient d'être viré à trois ans de la retraite. Il faut dire que, par rapport à sa collègue qui avait mis Auchan en péril, celui-ci (appelons-le Franck comme tout le monde) a carrément failli détruire un empire de 77 milliards d'euros ! Franck travaillait pour une petite surface de cette enseigne, dans un quartier populaire de Tourcoing. Petite certes, mais importante. Les magasins Dia (un nom qui a remplacé les magasins Ed depuis 2012) ont été rachetés l'an dernier par le groupe Carrefour. Quand on pèse 76,9 milliards d'euros (CA hors taxe en 2015) et que l'on comptabilise 13 millions de passages en caisse par jour, on ne peut se permettre de plaisanter. Et comme le petit Dia tourquennois doit arborer l'enseigne de Carrefour bientôt, on ne saurait montrer la moindre complaisance avec un petit caissier qui se comporte en terroriste. Certes, il ne l'a pas fait exprès. Après avoir scanné les articles d'une cliente, pour la somme astronomique de 18,17 euros, il a enregistré le paiement par carte bancaire sans s'apercevoir que celui-ci était refusé.

Franck (dont le salaire court après le seuil de pauvreté) a bien proposé de rembourser lui-même le magasin. Mais c'était oublier qu'on ne marchande pas avec le marché. Un dollar, c'est un dollar. Un euro, c'est un euro. Et si tu touches à un centime de mes euros, tu es mort. Pan ! Pauvre Franck. On lui a fait le même coup qu'à Stéphanie (la caissière d'Auchan). La direction de Dia a expliqué que ce n'était pas la première fois qu'il commettait une petite connerie, qu'il ne respectait pas la procédure maison à la lettre, qu'il se livrait à des « manipulations inappropriées », etc. De toute façon, qui vole un œuf à un bœuf a forcément tort. Depuis le temps, depuis Jean Valjan, ils devraient le savoir les prolos de la France sarkollandaise d'en bas. Surtout quand ils sont veillisants.

L'entreprise La Poste, modèle de management à visage humain, a bien compris le jeu sournois de ces dangereux pauvres qui, par défaut de conscience professionnelle, vont jusqu'à refuser de reporter un AVC de quelques heures ! La Poste devrait prévoir des formations pour les dirigeants de la grande distribution.

 

Philippe ALLIENNE

 

(publié dans Liberté Hebdo n°1236 du 9 au 15 septembre 2016)

 

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 09:47

Le sein doux de la République

 

Jean-Pierre Chevènement et Manuel Valls frères de lait ? C'est fort possible s'il leur plaît de se dire nourris au même sein d'une République qui semble aujourd'hui leur échapper.

C'est qu'ils veillissent les frérots. L'aîné, Jean-Pierre, a déjà eu l'occasion d'aller tutoyer le créateur. C'est ce qu'en retiendront peut-être les générations futures. Dommage, l'ex-préfet d'Oran, durant le massacre de juillet 1962, a bien davantage à raconter. Mais s'il est vrai que la vieillesse est un naufrage, alors sans doute est-ce ainsi qu'il faut expliquer ce que son entourage nomme un lapsus. Double lapsus du reste, auquel cas nous parlerons plutôt de bégaiement ou de radotage. En effet, celui qui s'était jadis illustré contre la dérive libérale du gouvernement Mauroy puis contre la guerre du Golfe de 1991, estime que dans ce pays, «le processus d’intégration n’est plus possible puisqu’il y a, à Saint-Denis par exemple puisque l’on a pris cet exemple, 135 nationalités, mais il y en a une qui a quasiment disparu ».

Passons sur la qualité d'expression française sans doute sacrifiée sur l'autel de l'émotion (c'était chez Patrick Cohen, la matinale de France Inter). Voilà le futur président pour la fondation de l'Islam de France qualifié de « raciste » par le maire-adjoint de la ville exemplaire. L'accusé ne ferme pas sa gueule et ne démissionne pas. Il dénonce des attaques « fielleuses ». Juste avant son « lapsus », il avait estimé que le « port de certaines tenues » (z'avez entendu « burkini »?) n'est pas sans lien avec le « djihadisme meurtrier qui s'est abattu dans notre pays ». Ici, celui qui nous avait habitué à la fine analyse préfère stigmatiser. Au passage, il égratigne encore la langue de Molière. Ne fallait-il pas dire : « … qui s'est abattu sur notre pays » ? Ou alors : « … qui s'est abattu au sein de notre pays » ? Il aurait alors été en phase avec le téton caché ou apparent de Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Mireille Mathieu, Laetitia Casta ou de cette Femen prêtant ses traits et arrondis à la représentation sculptée de Marianne.

Il aurait produit l'accord parfait avec l'envolée lyrique du Premier ministre, Manuel Valls, qui évoquait la tête et le sein nus de l'allégorie républicaine pour les opposer au voile musulman. Quand les élites zélées et exaltées font des gorges chaudes de la laïcité et de la liberté, il n'est pas sûr que la République en sorte grandie. Manuel Valls a-t-il oublié que la Marianne de 1792 aime porter le bonnet phrygien, une coiffure d'origine orientale symbolisant la liberté ?


 
Philippe ALLIENNE
(publié dans Liberté Hebdo n° 1235 du 2 septembre 2016).

 

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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 08:41

Un président « pas de bol »

« J'ai eu tort, je n'ai pas eu de bol, en même temps, j'aurais pu gagner ». Voilà en quels termes le président François Hollande juge-t-il dans un livre son pari manqué d'inverser la courbe du chômage dès 2013.

C'était donc un jeu, à l'image des programmes télévisés qui rendent le public plein d'empathie pour un candidat au million ! Si ce dernier remporte la mise, le téléspectateur n'aura rien de plus que de savoir son champion heureux et de participer à son bonheur par procuration. S'il perd, c'est la faute à « pas de chance », à un mauvais timing, à un mauvais réflexe. Le téléspectateur retournera à ses occupations en attendant la prochaine émission et le prochain candidat.

Sauf qu'ici, l'enjeu n'est pas le million de Foucault (Jean-Pierre, pas le philosophe). Il ne doit guère plus porter sur le droit ou non de participer à la course à un second mandat. L'enjeu, ce sont les électeurs, le peuple, qui ont été trompés par un faiseur de rêve, un doreur de pilule.

Qu'a-t-il donc pris au président d'invoquer ainsi la chance ? Voilà qui n'est pas sans évoquer ce ministère chiraquien de la « promotion de l'égalité des chances ». Tout ne serait donc qu'une question de chance ? « Quand il pleut des roubles, le malchanceux n'a pas de sac » disait Coluche. C'est donc sa faute.

Est-ce la faute à « pas de chance » si les chômeurs ne trouvent pas d'emploi ? Est-ce la faute à « pas de chance » si leur nombre a largement franchi le seuil de l'intolérable ? Est-ce la faute à « pas de chance » si les travailleurs précaires et les travailleurs pauvres se tuent à la tâche sans être à même, pour autant, de payer leur loyer ? Nous faut-il compter sur la chance pour vivre dignement ? Avons-nous besoin de chance pour obtenir un travail qui corresponde à nos aspirations, avec un salaire digne ? Est-ce parce qu'ils n'auront pas de chance que nos enfants ne pourront pas faire les études qu'ils souhaitent, ne pourront plus croire au bonheur ?

« Un président qui n'a pas eu de bol » ? Voilà bien une expression qui n'était pas nécessaire pour aggraver encore le dégoût du peuple pour la politique ou, plutôt, pour « les » politiques qui n'ont de cesse de nous convaincre qu'il nous faut nous résigner. Que rien d'autre n'est possible sauf le pire. Le président Hollande, qui se targue par ailleurs de savoir manipuler les journalistes, en sait quelque chose. Ce n'est pas digne.

Philippe ALLIENNE

(publié dans Liberté Hebdo n°1234 du 26 août 2016)

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 18:54
Aminata Traoré

Un autre monde est possible. Si l'on est sage

 

Tandis que le président Hollande était au Brésil où, avant le lancement des JO, il assistait à un cocktail offert par son homologue intérimaire Michel Temer, l'ancienne ministre malienne Aminata Traoré apprenait que, faute de visa, elle ne pourrait assister au 12ème Forum social mondial qui vient de se tenir à Montréal. Le rapport entre ces deux faits ? Le FSM s'est réuni pour la première fois au Brésil, à Porto Allegre, en 2001. Il s'agissait, et il s'agit toujours pour ce « contre-Davos », d'approfondir la réflexion de la société civile qui s'oppose au néolibéralisme. Au Brésil, le président que le chef d'État français a salué n'est autre que celui qui s'est assis dans le fauteuil de Dilma Roussef, la présidente progressiste terrassée par une droite revancharde, libérale, anti-féministe et homophobe.

 

Le libéralisme ne connaît décidement pas de limites. C'est la première fois depuis sa création que le FSM se réunit dans une grande capitale occidentale. Et l'État qui le reçoit ne trouve rien de mieux que de refuser le visa à plus de 200 conférenciers ou invités étrangers dont le président du syndicat palestinien des postiers, Imad Temiza, le syndicaliste brésilien Rogerio Batista et... Amina Traoré. Face à la polémique qui n'a pas manqué d'éclater, cette dernière a été invitée à refaire sa demande. C'était mal la connaître. Drapée dans sa dignité, elle a refusé par solidarité avec les autres exclus et a décidé de rester à Missira, le quartier populaire de Bamako où elle vit et où elle porte des projets d'inclusion sociale et d'autonomisation pour les femmes et les jeunes de ce quartier.

 

Écrivaine, auteure notamment de « L'Afrique humiliée », Aminata Traoré ne s'en laisse pas conter. Docteur en psychologie sociale, celle qui fut ministre de la Culture et du Tourisme de 1997 à 2000 (sous la présidence d'Alpha Oumar Konaré) a laissé son portefeuille pour retrouver sa liberté de parole. En novembre 2003, elle est venue à Lille, à l'invitation du regretté festival culturel Fest'Africa. Elle venait de publier « Le viol de l'imaginaire », un livre où elle démolit les tenants d'une mondialisation qui paupérise encore plus le Sud au profit du Nord. Elle n'y épargne pas le marché mondial vers lequel est détournée la production du peuple qui lui-même ne profite de rien.

 

Amina Traoré est persuadée que seul un vrai combat politique peut amener un changement radical dans les pays du Sud. La société civile doit alors servir de contrepoids, à l'exemple de la marche de Seattle qui a précédé la mise en place du FSM, en 1999, ou des collectifs anti-mondialisation. Altermondialiste véritablement dérangeante, l'ex-ministre malienne n'en est pas à son premier refus de visa. Il y a trois ans, elle n'a pu entrer en France. C'était au moment où François Hollande se glorifiait de l'opération Serval au Mali, contre les islamistes, et des futures élections maliennes dont il entendait fixer le calendrier. La militante altermondialiste rejetait tant l'opération militaire française que la « démocratie de façade » que Paris préparait pour Bamako.

 

A la démocratie libérale chère à l'occident, Aminata Traoré préfère la recherche d'une autre voie afin de « donner un vrai contrôle aux citoyens ». La suprématie libérale ne peut accepter qu'un autre monde soit ainsi possible.

 

Philippe ALLIENNE

(pubié dans Liberté Hebdo n°1132-33 du 19 août 2016

 

 

 

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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 15:43
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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 15:24

Fileur éternel des immobilités bleues,

Je regrette l'Europe aux anciens parapets.

Dans Bateau ivre, Arthur Rimbaud exprimait ainsi sa nostalgie de la vie réelle, par opposition aux hallucinations fantastiques qu'il venait de nous faire partager. Ces deux vers, écrits en 1871, peuvent sembler étranges quand on sait que le poète maudit a précisément fuit la réalité, trop plate, pour filer vers l'inconnu, à l'image de cette embarcation sans gouvernail.

Est-ce à cette même réalité que veulent échapper, aujourd'hui, ces drôles de chasseurs de bébêtes virtuelles ? Depuis la sortie officielle de Pokémon Go, le nouveau jeu de Nitendo, développé par la société Niantic, ils et elles sont des dizaines de milliers, jeunes ou moins jeunes, à traquer les fausses bestioles. Pas de quartier pour Pikatchu !

La presse, émerveillée par le nouveau « phénomène de société », ne cache pas son admiration et ne tarit pas de complaisance pour ces chasseurs d'un nouveau genre qui se retrouvent un instinct grégaire. Alors, on parle d'un jeu révolutionnaire ! Pensez. Jusqu'ici, on connaissait (c'était il y a bien longtemps) les Tamagotchi, ces animaux de compagnie virtuels que nos enfants se devaient de soigner et nourrir sous peine de traumatisme à vie. Plus près, on connaît les accrocs de jeux vidéos qui ne décollent plus de leur chambre et de leur écran. Avec Pokémon Go, précisément, le but est de sortir, armé de son smartphone, afin de détecter la petite bête qui n'existe pas pour la flinguer sans toutefois donner la mort pour de vrai. Et c'est formidable. On aurait même vu un ado de 13 ans accompagner sa mère lorsqu'elle fait ses courses. Du jamais vu, ou presque. Révolution.

Certes, les chasseurs risquent de se prendre un poteau dans l’œil (ou un bus bien réel). Aux États-Unis, certains auraient involontairement pénétré dans des zones militaires (!). Mais, nous rassure-t-on, ils peuvent marcher jusqu'à cent kilomètres. Pokémon Go est donc un jeu sportif. Addictif, mais sportif.

Reste que l'on doit s'interroger sur cette manière de privilégier le virtuel sur le réel. Cette inversion des valeurs, dans une société qui ne sait plus faire rêver, ne saurait être innocente.

Le poète prenait ses distances, et son envol, par sa propre volonté et avec les moyens de son choix. Le consommateur dont il est question ici prend le risque de s'aliéner en s'offrant à une réalité virtuelle construite par des industriels qui lui imposent leurs propres scénarii.

Philippe ALLIENNE

publié par Liberté Hebdo n° 1230-1231 du 29 juillet 2016

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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 16:47

Sauver « Liberté Hebdo »

pour sauver la parole populaire

 

Par Philippe ALLIENNE et Djamila MAKHLOUF

Journalistes et animateurs des Mardis de l’Info du Club de la Presse du Nord – Pas de Calais

 

Tribune parue dans « Liberté Hebdo » n°1121 du 8 au 14 août 2014

 

Liberté Hebdo est porteur d’une « utilité sociale » ! Quel meilleur hommage rendu à une publication de presse, profondément militante, et à son équipe. Un hommage rendu par le Tribunal de commerce de Lille Métropole lui-même… C’est vrai, pourtant, la situation semble désespérée et la tentation de se résigner, de lâcher, pouvait être grande. Ce n’est pas le cas, loin de là, des journalistes et de l’ensemble des salariés. Toutes et tous croient en l’utilité sociale de leur journal et à la nécessité de le sauver. Toutes et tous savent que ce sera dur et que les prochaines semaines seront décisives.

 

« Liberté Hebdo », c’est « la voix des sans voix » comme l’avait écrit la rédaction au début de la crise du journal. Cette rédaction s’est battue. Mais l’énergie qu’elle a déployée, avec l’ensemble de l’équipe, ne peut suffire sans une double volonté. Volonté politique d’une direction et d’une fédération qui, il y vingt-deux ans, en 1992, avait su refuser la fatalité en relançant, avec les salariés, un titre de gauche après la disparition du quotidien « Liberté ». Volonté ensuite des lecteurs, militants ou non, qui ont besoin de ce journal.

 

La « Voix des sans voix », c’est celle qui constitue « un relais et un lien entre de nombreux communistes et militants du Front de Gauche » rappelle encore la rédaction. C’est aussi celle des salariés qui se battent chaque jour pour leurs conditions de travail ou pour leur emploi, des jeunes qui aspirent à une vie digne, des retraités qui ne méritent pas d’être laissés pour compte, de toutes celles et ceux broyés par la machinerie libérale. C’est aussi celle qui défend les travailleurs déplacés, les roms, les personnes immigrées à la recherche d’une autre vie, les victimes de racisme et de discriminations, les ouvriers et les prolétaires qui savent bien que la lutte des classes n’est pas un vestige du passé. 

 

Par delà cette utilité sociale et cette expression qui empêche de  bâillonner définitivement le peuple, « Liberté Hebdo » permet de maintenir et de développer le débat d’idées. Celui-là même qui tend à être confisqué par des médias dominants, des intellectuels acquis au libéralisme, de fous de guerre, de dangereux populistes et réactionnaires qui rêvent d’une « aube dorée » se levant sur une dangereuse aventure.

 

Pour tout cela, aidons l’équipe de « Liberté Hebdo » à sauver notre journal, celui du peuple héritier de la Résistance. Résistons !

 

Ph A et Dj M

 

 

                                                                                                                                                                                                                       DSCN1582-copie-1Agissez en vous abonnant ou en abonnant vos amis. Un abonnement, un risque de moins pour la disparition du titre. Appelez au : 03 28 36 88 50

 

 

 

 

 

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23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 18:32

Quand Aymeric Patricot et Saïd Bouamama échangent autour de "Blancs" pauvres

 

DSCF2015

  
La rencontre pouvait sembler improbable. Aymeric Patricot , 38 ans, est professeur dans la banlieue parisienne. Il a enseigné durant 10 ans en ZEP (zone d’éducation prioritaire). Il est diplômé d’HEC et de l’EHESS, agrégé de lettes, romancier et essayiste. Saïd Bouamama, né à Roubaix il y a 55 an, est docteur en sociologie et chercheur à l’Ifar. Ce « fils de Zola et du FLN », comme l’appelle le journaliste Philippe Bernard dans son livre « La crème des Beurs » (2004) s’est fait, à travers une lecture marxiste, une spécialité de l’immigration, des classes et quartiers populaires, des discriminations, de l’ethnicisation. Ils ont échangé, pour les « Mardis de l’Info » du Club de la presse Nord - Pas de Calais sur ces « petits Blancs » que l’on peine à nommer ainsi. C’était le 13 mai à l’Espace Marx de Lille.

 

 DSCF2019.jpg

 

Lorsqu’il est sorti, en octobre 2013, le livre d’Aymeric Patricot n’a pas manqué de faire polémique. Le titre d’abord : « Les Petits Blancs – Un voyage dans la France d’en bas ». D’aucun n’ont hésité à classer l’auteur parmi les amis utiles de l’extrême droite. Et puis, Aymeric Patricot ose passer le barrage du vocabulaire. Ce vocabulaire qui a tellement bloqué –et qui bloque encore- lorsqu’il s’agit de parler banlieues, quartiers, immigration, etc. « Oui, les Blancs très pauvres existent. Je les ai rencontré » pourrait-il dire.

 

La « question ethnique », il l’a découverte enseignant en ZEP. « J’étais le seul Blanc devant des élèves d’origine extra-européenne », se souvient-il. Les mots : « origine extra-européenne », « Blanc » (qui renvoie au domaine racial) font à eux seuls débat. Aymeric Patricot le reconnaît. Il n’en a cure. Ou plutôt, il choisit de dépasser les contraintes du vocabulaire pour traiter d’un sujet trop souvent évité par les médias, ainsi qu’il l’affirme. Les personnes blanches très pauvres.

 

Sa définition du « Petit Blanc » : « Un Blanc pauvre qui prend conscience de sa couleur de peau dans un contexte de métissage ». Familier de la culture américaine, il se réfère au terme « White trash »  qui désignait, dans le sud des Etats-Unis, des Blancs plus pauvres que les anciens esclaves. Dans une version plus moderne, ce sont ceux qui ont vécu dans une caravane et/ou on connu la violence dans les lycées métissés.

 

White trash à la française

 

Affaire de classes sociales, voire de lutte des classes, plutôt qu’affaire d’ethnicisation ou de racisme ? Le sociologue Saïd Bouamama apporte sa réponse et développe la problématique du vocabulaire et des concepts volés par le Front national. « Le problème du concept de « Petit Blanc » est qu’il faut le redéfinir à chaque fois, insiste-t-il en faisant remonter les racines à la colonisation et à la dimension idéologique d’alors. Les deux hommes produisent un dialogue riche et inédit.  A voir sur la vidéo.

 

DSCF2020.jpg Saïd Bouamama


« Votre livre repose sur un recueil de témoignages dans cette France d’en Bas. Comment avez-vous travaillé ? », interroge Djamila Makhlouf (Les Mardis de l’Info). Aymeric Patricot explique qu’il portait ce livre depuis longtemps. Il voulait « parler des Blancs pauvres dans une France métissée ». Une partie des témoignages sont recueillis auprès de personnes qu’il connaissait déjà. Et il est allé en recueillir d’autres sur le terrain, dont celui de l’ex bassin minier du Nord – Pas de Calais. Et de préciser au préalable : « J’écris dans une tradition : l’essai mâtiné de témoignages. Je suis entre l’essai et le témoignage ». Un peu comme l’ont fait Gide et Césaire.

 

Ph A

 

Photos : Gérard Rouy

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 18:31

L’art de se rencontrer

 

A lire les commentaires sur les réseaux sociaux, nous sommes nombreux à avoir croisé, au moins une fois, Albert Jacquard. Il est souvent venu dans le Nord. Pour présenter un livre, tenir une conférence, échanger, ou soutenir une cause comme la régularisation des Sans papiers ou le droit au logement. Avec lui, les rencontres étaient toujours d'une grande simplicité et d'une immense richesse. 

 

Albert Jacquard aimait les gens. Il n’avait rien d’un quelconque « bisounours », comme cela a pu être suggéré, le jour de sa mort, par quelque chroniqueur de radio Nationale. Il ne s'exprimait jamais sans écouter ses interlocuteurs. Même quand il se taisait (sauf si l’on allait lui dire bonjour), il transmettait beaucoup. Comme cette fois, lors d’une manifestation des Sans Papiers, sur le parvis des droits de l’Homme de Lille, face à la préfecture. Perdu dans le public, discret. Mais d’une présence gigantesque. Rien que sa manière de dire « Bonjour » nous enrichissait.

 

Qu’aurait-il dit, autour du bar du Club de la presse, à Lille ?Imaginons : « M. Jacquard, le Club de la presse attribue chaque année des prix pour les jeunes consoeurs et confrères de la région. Accepteriez-vous de parrainer la prochaine promotion ? ». Croyez-vous qu’il aurait répondu quelque chose du genre : « Des prix ? Pour les jeunes ?  Oui, pourquoi pas. Vous me faites un grand honneur. Contactez-moi. Je verrai en fonction de mon agenda. Mais vous savez, je suis débordé ».

 

J’opte pour une autre réponse. Comme celle-ci, par exemple : « Oui, d’accord, mais dites m’en davantage. Des prix, pour quoi faire ? Vous voulez distinguer les meilleurs reportages, les meilleurs jeunes journalistes  ? Pourquoi les meilleurs ? Je viendrai, mais invitez aussi ceux que vous aurez jugé les moins bons. Eux aussi, il faut les encourager. » Malicieux, il aurait ajouté, sans doute, une phrase comme : « Il est très curieux que vous soyez à ce point là véritablement drogués par une société qui vous fait croire que tout est dans la réussite personnelle et dans la réussite contre l’autre ».

 

C’est cela, Albert Jacquard. Un Homme qui ne croit pas en la compétition. Un Homme que l’esprit de compétition répugne tant qu’il ne l’entendait même pas dans les Jeux olympiques. La compétition, il en connaissait un bout, lui qui a fait polytechnique avant de devenir le grand scientifique que l’on connaît. Spécialiste de génétique des populations, contre l’exploitation du génome humain à des fins commerciales, directeur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (Ined), membre du Comité consultatif national d’éthique… il était aussi président d’honneur de l’association Droit au logement (DAL) et était aux côtés de tous les « sans » : sans logement, sans papiers, sans travail, sans droits, etc. Même les taureaux, il les défendait. Il était pour la non violence et pour la paix. 

 

Non pas pour la paix résultant de la possession de l’arme nucléaire (« çà, c’est une paix relative de 60 ans basée sur la dissuasion », disait-il en substance). Non, il voulait la paix pour tous et pour des milliers d’années. « La vie n’a pu se développer sur terre qu’à partir du moment où la radioactivité a disparu, affirmait-il. Elle revient en 1941, par la volonté des hommes. Il faut savoir dire non. » Pour lui, le soleil est la seule centrale nucléaire indispensable. Ce scientifique n’hésitait pas à dénoncer les « stupidités mathématiques » qui engendrent, autre exemple, la logique de croissance. Il était pantois devant ces « essais de voitures roulant de plus en plus vite et que l’on  fait tourner en rond ». Tout cela, il savait nous l’expliquer simplement autour d’une table de bistrot, à l’occasion  d’une rencontre fortuite, et en dessinant des croquis sur la nappe en papier.

 

Etait-il pour autant un gourou ? Evidemment pas. Il n’était d’ailleurs pas homme qui aimait être écouté sans critique, ou sans question. Encore une fois, il était d’abord l’oreille des autres. En conférence, il ne restait pas longtemps derrière la tribune. Il se baladait entre les rangs du public et allait tendre l’oreille. Il faisait penser à ces anges déchus, mais « écoutants », de Wim Wenders dans « Les ailes du désir », tant il se penchait vers les gens pour bien  comprendre ce qu’ils disaient, ce qu’ils pensaient.

 

Ce qu’il désirait, Albert Jacquard ? Le dialogue, le savoir vivre ensemble. Utopie ? Naïveté ? Banalité ? Non, mille fois non. Tiens, en cette période de rentrée scolaire, cette proposition  qu’il avait faite par procuration à Xavier Darcos, ministre de l’Education du gouvernement précédent, il aurait pu la faire à son successeur Vincent Peillon :  « Un élève qui parle, il faut le laisser s’exprimer. Il ne faut pas le soumettre. On pourrait afficher, sur le fronton de écoles : ‘’Ici, on enseigne l’art de se rencontrer’’ ».

 

Salut, Monsieur Jacquard. Nous aurions dû vous inviter. Est-il trop tard ?

 

Philippe ALLIENNE

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Kelma Presse - dans Actualités
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