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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 19:29

L’ami algérien

 

 

Henri Alleg est mort à Paris le 17 juillet, à l’âge de 91 ans. Retour sur les débuts d’un militant engagé pour la dignité de l’homme.

 

C’était il y a 17 ans, déjà. « Liberté Hebdo » préparait un  numéro spécial sur l’Algérie où le terrorisme islamiste atteignait son apogée. Nous avions alors sollicité le témoignage d'Henri Alleg. L’auteur de « La Question » avait longuement hésité. « C’est que, s’était-il justifié, je n’ai plus de lien avec l’Algérie d’aujourd’hui. Que pourrais-je vous dire ? » 

 

Que ressentait-il, face à ce terrorisme qui déchirait un pays et un peuple pour lesquels  il avait accepté l’idée de mourir quarante ans plus tôt ? Que ressentait-il pour ce pays qui semblait s’être éloigné de « l’idée de fraternité », une des motivations du jeune Alleg lorsqu’il est devenu communiste ? « Quoi qu’il en soit, avait-il confié, personne n’a aujourd’hui le droit de donner des leçons de morale au peuple algérien. »

 

De son vrai nom Henri Salem, ce petit-fils d’immigrés juifs russo-polonais est né à Londres en 1921. Il devient Français après l’installation de ses parents en France et Algérien par choix dès 1962. Le lecteur de Konrad assoiffé de voyages débarque pour la première fois en Algérie en 1939. Il a 18 ans.  Durant la seconde guerre mondiale, fermement anti-vichyste et anti-fasciste, il s’initie au marxisme grâce à des brochures que lui donnent des soldats américains communistes !

 

Mais c’est à partir de fin 1944, en découvrant la famine dans le sud du Constantinois, qu’il prend la véritable dimension de la réalité coloniale  Bien plus encore, en 1947, lorsqu’il se rend dans les mines de fer de l’Ouenza, au sud d’Annaba, et découvre la condition des mineurs. « Tant que je n’étais pas sorti d’Alger, témoigne-t-il, j’avais une vision tiède du colonialisme. Désormais, je ne parlerai plus de l’oppression comme une idée abstraite ». Avec son ami Abdelkader Benzegala, il improvise un meeting et gagne le respect des ouvriers. C’était quelques mois avant une longue grève de 66 jours, en 1948.  Et six ans avant le déclenchement de la guerre d’indépendance.

 

Fort de ses convictions et rêvant d’une Algérie multiculturelle, c’est cet homme qui, devenu directeur d’Alger Républicain, dira plus tard à ses tortionnaires français : « Je n’ai pas peur de vous ».

 

Philippe ALLIENNE

 

article publié dans Liberté Hebdo n° 1077 du 26 juillet 2013

 

Sources :

 « Un rêve algérien », documentaire de Jean-Pierre Lledo - 2003

« Mémoire algérienne : Souvenirs de luttes et d'espérances » – Henri Alleg - Stock 2005

 

 

 

 

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 12:16

 « Le développent de la précarité entraîne vers un changement de civilisation »

 

 

Dans son dernier livre, « Un CDD sinon rien » (1), le journaliste Jacques Cotta se penche sur la précarisation des salariés qui, à travers la multiplication des contrats à durée déterminée, l’intérim et l’intermittence, provoque de nombreux drames humains. En toile de fond, les conséquences de l’ultralibéralisme, des traités européens et de la crise financière.

 

Vous nous livrez une analyse à partir d’une enquête de terrain et de chiffres officiels. Quel constat tirez-vous de vos observations sur la généralisation des CDD et du développement de  la précarité ?

 

Jacques Cotta : Deux questions se posent : quelle est véritablement la place du travail dans notre société, aujourd’hui ? Ensuite, si on continue à développer la précarité, on va vers un changement non seulement de société, mais de civilisation. On va vers quelque chose que l’on ne connaît pas.

 

Donc pour vous, le mouvement est enclenché. Est-il irrémédiable ?

 

J. C. : La situation est très inquiétante. Aujourd’hui, en France, dans les entreprises de moins de dix salariés, deux embauches sur trois  se font avec des CDD de moins d’un an ! Et dans les grandes entreprises, on a de plus en plus recours à la main d’œuvre intérimaire au détriment des CDI. On a donc affaire à une logique qui se généralise. On assiste  à l’extinction d’une génération, celle qui a grandi avec la valeur travail qui passait par le contrat à durée indéterminée.

 

Vous dites que la société est en train de basculer ?

 

J. C. : Depuis des années, on nous explique que la lutte des classes est un concept archaïque. C’est faux, nous sommes en plein dedans. Si le travail est précaire, c’est justement parce qu’une petite minorité  profite du travail comme variable d’ajustement. La désindustrialisation produit de plus en  plus de précarité, la finance et le profit des actionnaires sont prioritaires, le service public est mis à mal. Résultat, les écarts entre les classes sociales ne font que s’accroître. Le chômage fait des ravages. L’an passé, en France, chaque minute qui passait a vu une personne perdre son emploi ! Aujourd’hui, 8,5 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. Le chiffre de 9 millions sera sans doute atteint à la fin de cette année.

 

C’est le phénomène des travailleurs pauvres que vous abordiez déjà en 2006…

 

J. C. : A l’époque, on les estimait à 7 millions. Aujourd’hui, outre les chômeurs, près de neuf millions de travailleurs gagnent moins de 960 euros par mois. Ces dix dernières années, 800 000 emplois industriels ont été détruits et 150 000 ont été liquidés dans la fonction publique durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Or, l’an  dernier, les entreprises du CAC 40 ont engrangé 75 milliards d’euros de profit dont la moitié est réinjectée, sous forme de dividendes,  dans la poche des actionnaires. Ces cinq dernières années, les revenus des  dirigeants des grands groupes ont augmenté de 35%. En 2012, les plus riches devraient continuer à s’enrichir. En même temps, on peut s’attendre au pire pour des centaines de milliers de salariés de l’automobile, des raffineries, des banques, des transports, etc. où sont prévus des destructions massives de postes. Sans parler de la hausse du coût de la vie.

 

Vous consacrez un chapitre important au statut public qui, écrivez-vous, s’est terriblement dégradé depuis plus de trente ans.

 

J. C. : Avec un peu plus de six millions de salariés, l’Etat est le premier employeur de France. Depuis 2007 à 2013, les mesures de limitation du nombre de fonctionnaires auront abouti à la suppression de plus de 500 000 postes, soit le plus grand plan social en  France jamais réalisé, sinon par l’Etat lui-même. On accuse les fonctionnaires d’être des « privilégiés ». On confond le terme « privilège » avec le terme « avantage ». Parler de « privilèges », c’est méconnaître le statut des fonctionnaires et les « obligations »  qui sont les leurs. Derrière cette  remise en cause du statut, il faut voir une volonté de détruire le modèle  social français issu des années d’après-guerre, des grandes grèves de 1946-1947 et des décisions mises en œuvre par le Conseil national de la résistance.

 

Oui, mais vous estimez aussi que ces attaques contre le statut public servent les intérêts du privé.

 

J. C. : Exactement. C’est un signal pour le secteur privé. Le meilleur exemple, c’est le débat sur le Smic. Lorsque le candidat du Front de gauche à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, dit que, s’il est élu, il instaurera immédiatement le smic à 1700 euros par mois, les entreprises privées auront du mal à refuser des augmentations. A l’inverse, si l’Etat bloque les salaires des fonctionnaires, le privé peut justifier plus aisément le blocage pour ses salariés. Dans la fonction publique, on justifie les mesures de réduction de postes par la dette et les déficits. Dans le privé, on justifie les mesures relatives à l’emploi (chômage partiel, réduction des effectifs, intérim, CDD…) par les carnets de commandes et les profits. Ainsi, une fragilisation du statut des fonctionnaires n’est pas sans conséquences dans la société tout entière. Des conséquences voulues par l’ultralibéralisme.

 

Tout est dit. Tout le monde est dans la même barque, soumis au coût du travail, à l’austérité… Etes vous pessimiste ?

 

J. C. : Pas vraiment. C’est vrai qu’à quelques jours de l’élection présidentielle on entend toujours les mêmes arguments comptables : la dette, le coût du travail, etc. On assiste à une compétition entre les candidats, Sarkozy et Hollande notamment, pour savoir lequel sera le plus économe. Seul Mélenchon a un discours clair, proche des réalités. Mais si la précarisation des gens n’encourage pas a priori  à la révolte, il ne faut pas négliger la puissance des forces sociales. Le peuple grec a montré sa capacité à dire non au plan de rigueur. Les Espagnols se sont soulevés contre la réforme du code du travail. Les Portugais se sont mobilisés. Chez nous, en 2005, personne n’avait misé sur un « non » au référendum sur le traité européen. Certes, deux ans plus tard, il y a eu un déni de démocratie. Mais le peuple est toujours là. 

 

Recueilli par Philippe Allienne

 

Un CDD sinon rien – Quand « intérêts financiers » riment avec « précarité des salariés » - Ed Jean-Claude Gawsewitch

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 13:32

L’Algérie prisonnière d’un processus réactionnaire 

 

Cinquante ans après l’indépendance, la société algérienne semble figée. Une situation imposée par un pouvoir éloigné du peuple, un appareil qui se veut indéboulonnable. Il y a un an, le printemps arabe a été étouffé. Vingt ans plus tôt, l’Algérie était en train de rater sa seconde révolution.

 

Quelques semaines avant les élections législatives algériennes, le 10 mai, 17 nouveaux partis politiques sont en passe d’obtenir leur agrément par le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales. Inouï quand sait que le  dernier agrément avait été accordé 1999 ! C’était pour le parti islamiste El Islah.

 

Cela ne semble faire ni chaud ni froid aux Algériens. « Ces nouveaus partis sont pour la plupart issus de dissidences de formations existantes. Ils auront sans doute peu de poids dans l’évolution politique du pays », observe un journaliste algérien. « D’autre part, poursuit-il, les gens  ont perdu confiance aux politiques. Les partis n’ont pas été à la hauteur de leurs aspirations. Ils sont trop éloignés du peuple ». Un peuple qui sait que les bénéfices de la manne pétrolière continuent à lui échapper au profit de clans de nantis.

 

C’est toute l’histoire de ces 23 dernières années. Un véritable tournant aurait pu être pris en octobre 1988 lorsque des émeutes, dites « de la faim », ont éclaté à Alger avant de s’étendre à l’ensemble du pays. La jeunesse, ultra-majoritaire, protestait contre la malvie et l’absence de perspectives. Mais surtout, les manifestants réclamaient la fin du parti unique, la démocratie, la liberté. L’armée a opéré une répression sanglante, faisant près de 500 morts.

 

L’avènement du multipartisme

 

Si le président Chadli Bendjedid, au pouvoir depuis 1979, est réélu le 22 décembre, une nouvelle constitution ouvre la voie au multipartisme. Une loi est votée en ce sens le 3 juillet 1989. Le Front des forces socialistes (FFS), interdit depuis l’arrestation d’Aït Ahmed en octobre 1964, a de nouveau pignon sur rue. Saïd Sadi crée le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). Le Parti de l’Avant-garde socialiste (PAGS) a droit de cité. En 1993, son coordonnateur, Hachemi Cherif, crée le mouvement « Etahhadi-Tafat ». Le Parti des travailleurs, dirigé par une femme, Louisa Hanoune, permet une réprésentation trotskiste. Tous sont des partis démocrates qui vont s’opposer au vieux FLN.

 

Une ère nouvelle semble promise. Avec le multipartisme, la presse écrite privée est autorisée. De nombreux journalistes quittent les journaux publics (une presse qui dépendait de l’Etat). Avec les indemnités de départ, ils créent leurs propres journaux. C’est ce que l’on a appelé « l’aventure intellectuelle ». Des dizaines de titres inondent l’Algérie d’un vent inédit de liberté. Nombreux sont ceux qui éliront domicile dans une ancienne caserne transformée en « Maison de la Presse », à Alger.

 

Hélas, le ver était dans le fruit. Durant les émeutes de 1988, les intéristes avaient habilement tenté de récupérer le mouvement. Avec la bénédiction du président Chadli. Dès septembre 1989, le Front islamique du salut (FIS) est légalisé. La nouvelle constitution, dans son texte initial, ne le permettait pourtant pas.

 

Montée de l’intégrisme

Dès lors, un processus insensé va s’enclencher. Au terme d’une campagne violente, le FIS remporte les premières élections locales libres organisées en juin 1990. Le 26 décembre, une loi porte généralisation de la langue arabe. Les intégristes sont plus plus forts que jamais et ils le prouvent en exigeant une élection présidentielle anticipée. Ils y mettent les moyens : le 23 mai 1991, ils appellent à une grève générale illimitée. Ils la veulent insurectionnelle. Cela aboutit à l’état de siège, en juin, et à l’arrestation de deux principaux dirigeants du FIS : Abassi Madani et Ali Belhadj.

 

Cela n’empêchera pas le FIS d’arriver en tête du premier tour des élections législatives, le 26 décembre 1991. Il récolte 47,5% des suffrages. Il n’y aura pas de second tour. L’armée interrompt le processus électoral le 11 janvier suivant et le président Chadli remet sa démission. Un Haut Comité d’Etat est mis en place quelques jours plus tard. Pour le présider, après le refus de Hocine Aït Ahmed qui dénonce l’arrêt du processus électoral, on va chercher un autre père de la révolution algérienne : Mohamed Boudiaf qui était en exil au Maroc depuis 28 ans.

 

Le projet de Boudiaf

 

Les choses se précipitent. L’état d’urgence est instauré dès le 9 février et le FIS est dissous le 4 mars. La jeunesse ne connaît pas Mohamed Boudiaf. Lui qui avait milité pour l’indépendance de son pays dès les années quarante avait été rejeté une fois celle-ci acquise. Son nom a été rayé de l’histoire officielle et des manuels scolaires. C’est précisément cette jeunesse, et l’avenir de l’Algérie, qui le motivent. En prêtant serment à l’Algérie, à 72 ans, il jure de « tendre la main à tous les Algériens », rapporte la journaliste Nadjia Bouzeghrane. Il promet aussi de livrer « une guerre sans merci à tous les fauteurs de troubles et à tous les corrompus qui se sont enrichis sur le dos du peuple ».

 

Ces derniers ne le laisseront pas faire. Le 29 juin 1992, il est assassiné. Il avait voulu la justice sociale et la fin des passe-droits. Il voulait la liberté et n’oubliait pas le sort que le code de la famille de 1984 avait réservé aux femmes. Il avait compris que la crise, avant d’être économique et sociale, était d’abord une crise politique. Aurait-il pu aller au bout de son projet ? Nul ne peut le dire.

 

Un an après sa mort, le terrorisme islamiste ensanglante l’Algérie. La répression n’est pas en reste. Le peuple paie le prix fort. Après les assassinats d’intellectuels et de journalistes, en 1993, les intégristes massacrent des quartiers et des villages entiers comme Benthala en 1997. Bilan de ces années de sang : 200 000 morts et 7200 disparus.. Elu en avril 1999, le président Abdelaziz Bouteflika entame la concorde civile et la réconciliation nationale.

 

Aujourd’hui, les islamistes siègent au Parlement et comptent quatre ministres. Le code de la famille qui reléguait la femme au rang de mineure a été amendé en 2005. Mais l’égalité est encore loin. Comme l’exercice de la démocratie, comme la justice sociale. Les mouvements de femmes se sont essoufflés. L’une de ses principales dirigeantes, Khalida Messaoudi, a obtenu le portefeuille de la communication. Le chômage, officiellement de 10 %, affleurerait les 30 % dans de nombreuses régions. L’opposition politique, malgré la multiplication des partis, reste très au-deça de son rôle. Face à un pouvoir droit dans ses bottes et à des généraux qui veillent au grain.

 

Philippe Allienne

(article publié par Liberté Hebdo  n° 1006 - www.libertehebdo.com)

 

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 00:21
Reporters de guerre, le sens du journalisme
Trois journalistes ont trouvé la mort lors du pilonnage, le 22 février, du quartier Baba Amr,  à Homs, en Syrie : le Français Rémi Ochlik, l’Américaine Mary Colvin et le Syrien Rami al Sayed. Avec Gilles Jacquier (France Télévisions) et le cousin de Rami al Sayed, cela porte à cinq le nombre de journalistes tués en Syrie depuis décembre. Dès le début des « révolutions arabes », Lucas Dolega a trouvé la mort en Tunisie. Ces épisodes sanglants ne manquent pas de faire ressurgir la sempiternelle question : est-il nécessaire que des journalistes aillent sur les terrains de guerre pour rendre compte, au péril de leur vie ou au risque d’être pris pour otages ?

 

 « Mourir pour le JT. A quoi servent les reporters de guerre ? » C’est le magazine « Causeur », sous la plume de son directeur Gil Mihaely, qui pose crûment la question dans son numéro de février. Faut-il aller sur le terrain pour informer ? Pour lui, la réponse est claire : c’est « non ». Il va même beaucoup plus loin lorsqu’il écrit que le « terrain ment ». Et d’argumenter :  « Ce ne sont pas l’endurance physique ou la capacité de vivre des semaines sans prendre une douche qui font le bon journaliste, mais l’intelligence, la maîtrise des dossiers, l’aptitude à mettre en doute ses propres certitudes. Il est temps d’en finir avec le culte du terrain car, contrairement à ce que croient les « confrères en vestes à poches », le terrain ment  ».

 

Les confrères « en vestes à poches » apprécieront. Certes, le titre de cet article semble concentrer la réflexion de « Causeur » sur les reporters de télévision et plus particulièrement sur le JT. La démonstration semble dès lors simple : Puisqu’il faut être chaque jour à l’heure pour le rendez-vous du JT, le reporter n’a pas le temps d’analyser. Il ne peut donner que des informations en flux tendu et «  débiter de l’émotion à jet continu ».

 

Voir n’est pas savoir

 

Or, Gil Mihaely n’oublie pas de citer de nombreux autres journalistes tués ou pris en otages lors des conflits contemporains. Toutes et tous ne travaillaient pas et ne travaillent toujours pas pour un journal télévisé. Mais qu’importe, pour le directeur de « Causeur », « le journalisme est une profession intellectuelle » qui doit « rompre avec la mythologie de l’information ». Pour lui, on peut bien informer en étant, non sur le terrain, mais en restant dans les grandes capitales occidentales, dans son bureau et près de l’ordinateur qui débite les dépêches, à proximité des sources de pouvoir et de décision.

"Causeur" estime donc la cause entendue. Il le rappelle : «  voir n’est pas savoir  ». Interrogé ce 28 février dans l’émission de Frédéric Taddéi, « Ce soir ou jamais » (France 3), Gil Mihaely va plus loin en expliquant que les reporters de guerre et autres envoyés spéciaux partent avec, déjà en tête, une thèse et des idées bien arrêtées. Le terrain leur servira simplement à illustrer cette thèse (voilà qui sont les méchants, voilà qui sont les gentils). Si le terrain dit autre chose, les reporters ont tendance à oublier. Exemple à l’appui : la mort de Gilles Jaquier, le 11 janvier à Homs. Ceux qui ont tiré le mortier, explique-t-il, étaient des rebelles qui visaient des innocents réputés soutenir le régime syrien. Or, cette vérité arrangerait peu les reporters et les médias pour qui ils travaillent.

 

Lutter contre ses a priori

 

S’il s’agit de dire, comme le fait le directeur de « Causeur », qu’il faut aller sur le terrain en commençant par lutter contre ses propres a priori, nous ne pouvons qu’être d’accord. L’argument vaut pour tous les reportages. On peut ici penser au traitement médiatique de nos banlieues, cités et autres quartiers dits "sensibles". Dire que ces a priori ont la vie tellement dure que le reportage devient inutile serait inacceptable. D’ailleurs, Gil Mihaely ne le prétend pas. Mais peut-on généraliser un jugement aussi sévère ? Les journalistes, même s’ils disposent de trop peu de temps pour réaliser leurs reportages, prennent au moins celui de les préparer. Les fixers avec qui ils travaillent ne peuvent être considérés comme quantité négligeable. Ils n’ont rien à voir avec un encadrement de l’armée, avec le « journalisme embedded ». La prise d’otages, en Afghanistan, de Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, les témoignages qu’ils ont rapportés et leur reportage montrent que la thèse de « Causeur » est, pour le moins, partielle et partiale.

Mais, le mensuel qui défend les journalistes intellectuels (ou les intellectuels tout court) ne se prive pas, dans son article, de revenir sur le coût des otages lorsqu’il faut négocier leur libération et sur les concessions qui doivent être lâchées par les Etats dont ressortent les otages. Il ne s’empêche guère plus de railler les manifestations de soutien et les slogans entendus, par exemple, lors de la détention de Florence Aubenas et de Hussein : « Ils sont partis pour nous, ils rentreront pour nous ! ». « Il doit être permis de dire que nous n’en demandons pas tant », persifle « Causeur ».

 

Les guerres ne sont pas virtuelles

 

C’est oublier un des arguments essentiels qui plaident pour le reportage et pour le terrain. Certes, on peut ne pas comprendre, n’avoir pas les moyens suffisants pour bien décrypter un événement au moment où il se déroule. Le reporter est d’abord un passeur d’informations, quelqu’un qui raconte ce qu’il voit. « Les guerres ne sont pas virtuelles, les victimes non plus. Les reporters sont là pour le montrer », estime l’historienne Anne Ducret.

 

En ce sens, la journaliste américaine, ex-reporter de guerre, Elain Sciotino rend ainsi hommage à sa consœur Mary Colvin : « Elle a décidé que sa priorité était d’être un témoin pour dire la vérité ». Cette vérité sort aussi du terrain, même si l’on ne voit pas tout, même si l’on ne comprend pas tout, même si l’on manque parfois de recul. Pourquoi est mort le photojournaliste Lucas Dolega, en janvier 2011 en Tunisie ? Ses photos, au regard du discours officiel, étaient-elles inutiles ? Personne ne le prétendra. Tout comme le travail de Rémi Ochlik, tué en même temps que Mary Colvin, le 22 février en Syrie. En 2011, rappelle « Le Monde », il était en Tunisie, en Egype, en Lybie, sur tous les fronts du printemps arabe. « Les peuples étaient animés par le sentiment de ras-le-bol, moi par celui d’être là où se joue l’histoire  », avait confié le photojournaliste.

 

Les clés pour comprendre le terrain

 

Surtout, ces reporters, qui gênent tant qu’on les arrête, qu’on les poursuit, qu’on leur tire dessus, permettent aux peuples de n’être pas oubliés. Que dire de ces « journalistes citoyens », blogueurs ou vidéastes qui témoignent sur les réalités de leur pays ? Ainsi, Rami al-Sayed, tué le 22 février à Homs, alors qu’il filmait durant le bombardement du quartier Baba Amr. Il a été l’un des premiers à filmer le chaos, à Homs, et les exactions perpétrées par les troupes fidèles au régime. Il avait 27 ans. Quelques mois plus tôt, son cousin Basil al-Sayed, mourrait lui aussi en témoignant de la réalité syrienne.

 

Là réside le premier sens du métier de reporter : montrer, donner à voir ce que le monde ne voit pas, ce qu’une minorité de puissants refuse de porter à la connaissance du monde. Le terrain ne ment pas. Il nous faut les éléments pour le comprendre. Les journalistes apportent des clés essentielles. Les premières, souvent.

 

Philippe Allienne

(article publié sur www.clubdelapressenpdc.org)

 

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 23:13

Je sais, tout bon utilisateur d’internet, à plus forte raison quand il est journaliste (c’est –encore- mon cas) doit s’interdire de reprendre in extenso un texte paru dans une publication de presse. C’est une question de respect des droits d’auteur. De respect tout simplement. Je  le fait toutefois ci-dessous, en toute conscience, sans vergogne et à titre exceptionnel. Le site liberation.fr voudra bien –je l’espère- me pardonner cette indélicatesse. C’est que la lettre ouverte qu’il a publiée ce vendredi 2 décembre vaut la peine d’être vue, revue, lue, relue, copiée et recopiée. Les mots, lorsqu’ils sont écrits, gagnent à être connus. Ils sont forts, ils sont beaux. Ils sont gavés de sens. Un simple renvoi vers le site d’origine m’aurait permis de rester dans la légalité. Il m’aurait frustré.

La lettre en question, adressée au ministre de l’Intérieur,  est celle d’un étudiant en droit qui défend l’honneur de sa mère marocaine. Pour des raisons que, certes, j’ignore, cette femme vient de voir classé son dossier de demande de nationalité française. Elle réside en France depuis 27 ans. En des temps où le pouvoir insulte les chômeurs, stigmatise les pauvres, soupçonne les malades, se méfie de la jeunesse, donne la chasse aux étrangers,  voit des fraudeurs et des voleurs partout lorsqu’il s’agit de personnes vulnérables ; en des temps où le pouvoir oublie qu’il est au service du peuple, la lettre de M. Amine El Khatmi n’est ni un cri de désespoir, ni une manifestation colérique. Elle est un appel à la raison, un rappel à la démocratie, un cri de liberté. Elle est, pour paraphraser mon ami wallon Julos Beaucarne, un coquelicot planté dans le désert d’intolérance, d’incohérence et de déshumanisation de notre société. La voici, et sans autre façon, dans le texte et sa dignité.

 

Philippe Allienne

 

Le crachat et le rêve français…

 Par Amine EL KHATMI 23 ans, étudiant en droit (master 2), Français

Lettre à monsieur le ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration

Monsieur le ministre,

 

 La sous-direction de l’accès à la nationalité française du ministère que vous dirigez vient de signifier à madame S. Boujrada, ma mère, le classement de son dossier et un refus d’attribution de nationalité. «Vous ne répondez pas aux critères», est-il écrit dans un courrier sans âme que l’on croirait tout droit sorti de l’étude d’un huissier ou d’un notaire.

Ma mère est arrivée en France en 1984. Il y a donc vingt-huit ans, monsieur le ministre, vingt-huit ans ! Arrivée de Casablanca, elle maîtrisait parfaitement le français depuis son plus jeune âge, son père ayant fait le choix de scolariser ses enfants dans des établissements français de la capitale économique marocaine.

Elle connaissait la France et son histoire, avait lu Sartre et Molière, fredonnait Piaf et Jacques Brel, situait Verdun, Valmy et les plages de Normandie, et faisait, elle, la différence entre Zadig et Voltaire ! Son attachement à notre pays n’a cessé de croître. Elle criait aux buts de Zidane le 12 juillet 1998, pleurait la mort de l’abbé Pierre.

Tout en elle vibrait la France. Tout en elle sentait la France, sans que jamais la flamme de son pays d’origine ne s’éteigne vraiment. Vous ne trouverez trace d’elle dans aucun commissariat, pas plus que dans un tribunal. La seule administration qui pourra vous parler d’elle est le Trésor public qui vous confirmera qu’elle s’acquitte de ses impôts chaque année. Je sais, nous savons, qu’il n’en est pas de même pour les nombreux fraudeurs et autres exilés fiscaux qui, effrayés à l’idée de participer à la solidarité nationale, ont contribué à installer en 2007 le pouvoir que vous incarnez.

La France de ma mère est une France tolérante, quand la vôtre se construit jour après jour sur le rejet de l’autre. Sa France à elle est celle de ces banlieues, dont je suis issu et que votre héros sans allure ni carrure, promettait de passer au Kärcher, puis de redresser grâce à un plan Marshall qui n’aura vu le jour que dans vos intentions. Sa France à elle est celle de l’article 4 de la Constitution du 24 juin 1793 qui précise que «tout homme - j’y ajoute toute femme - né(e) et domicilié(e) en France, âgé(e) de 21 ans accomplis, tout(e) étranger(e) âgé(e) de 21 ans accomplis, qui, domicilié(e) en France depuis une année, y vit de son travail, ou acquiert une propriété, ou épouse un(e) Français(e), ou adopte un enfant, ou nourrit un vieillard, tout(e) étranger(e) enfin, qui sera jugé(e) par le corps législatif avoir bien mérité de l’humanité, est admis(e) à l’exercice des droits de citoyen français». La vôtre est celle de ces étudiants étrangers et de ces femmes et hommes que l’on balance dans des avions à destination de pays parfois en guerre.

Vous comprendrez, monsieur le ministre, que nous ayons du mal à accepter cette décision. Sa brutalité est insupportable. Sa légitimité évidemment contestable. Son fondement, de fait, introuvable. Elle n’est pas seulement un crachat envoyé à la figure de ma mère. Elle est une insulte pour des millions d’individus qui, guidés par un sentiment que vous ne pouvez comprendre, ont traversé mers et océans, parfois au péril de leur vie, pour rejoindre notre pays. Ce sentiment se nomme le rêve français. Vous l’avez transformé en cauchemar.

Malgré tout, monsieur le ministre, nous ne formulerons aucun recours contre la décision de votre administration. Nous vous laissons la responsabilité de l’assumer. Nous vous laissons à vos critères, à votre haine et au déshonneur dans lequel vous plongez toute une nation depuis cinq ans. Nous vous laissons face à votre conscience.

Quand le souffle de la gifle électorale qui se prépare aura balayé vos certitudes, votre arrogance et le système que vous dirigez, ma mère déposera un nouveau dossier.

Je ne vous salue pas, monsieur le ministre.

 Source : http://www.liberation.fr/politiques/01012375069-le-crachat-et-le-reve-francais

 

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 16:49

Quand le drame légifère

 

Un fait divers dramatique, une loi. Cette équation résume la logique sarkoziste qui mise sur le tout sécuritaire. Réunis ce 22 novembre à la Maison de l’Education permanente de Lille, des magistrats, avocats, psychiatres et journalistes n’ont pas manqué de la dénoncer. Ils étaient appelés à réfléchir sur le traitement médiatique de la psychiatrie et de la justice. Le viol et le meurtre d’Agnès, avoué par un lycéen de son établissement (Haute-Loire) a suscité une très vie émotion.

 

La réponse gouvernementale n’a pas tardé. Le ministre de l’Intérieur a aussitôt dénoncé un dysfonctionnement (en faisant référence au passé psychiatrique et judiciaire du lycéen) et a souhaité la mise en place d’un nouveau code pénal pour les mineurs prévoyant une réaction rapide de la justice. Ce 24 novembre (une semaine après les faits), le conseil des ministres a étudié un projet de loi prévoyant notamment un renforcement des dispositifs de prévention de la récidive et un renforcement de la capacité d’accueil des centres éducatifs fermés (CEF) avec extension du suivi pédopsychiatrique à 25 centres supplémentaires (contre 13 actuellement).

 

A Lille, les participants du colloque « Psychiatrie – Justice » avaient fortement dénoncé la loi du 5 juillet dernier sur les soins psychiatriques sans consentement. Un texte « plus sécuritaire que sanitaire » disent tant les magistrats que les psychiatres. Pour Jean Danet, avocat au barreau de Nantes, la réaction gouvernementale au crime de Chambon-sur-Lignon est cousue de fil blanc. « On va faire passer tout ce qui ne l’a pas été jusqu’ici : la remise en cause de l’ordonnance du 2 février 1945 pour les 16-18 ans, une surveillance électronique accrue, etc.. La chaîne pénale est devenue une chaîne de sécurité (…) Le juge devient le gestionnaire d’un risque ».

 

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 13:15

 

Après le grand oral, de la primaire :

Gauche molle, gauche dure et consensus

 

Après le débat entre Martine Aubry et François Hollande, hier soir sur France 2 et France Inter, les quotidiens semblent ce matin quelque peu déboussolés. Déjà, lundi dernier, au lendemain du premier tour de la primaire citoyenne, ils ne savait trop s’il fallait annoncer un « duel » ou une « finale » entre les deux candidats.

 

Avant le second tour mais après le dernier débat, la Voix du Nord de ce matin annonce que « ton s’est durci ». « (…) pas vraiment face à face mais déjà plus côte à côte », observe Hervé Favre à propos des débatteurs. La Une de Nord Eclair évoque un « passage à l’offensive ». Mais « au final, estime Sébastien Leroy, cela a donné un débat consensuel, où les deux ont exacerbé leurs minces différences ».

 

Minces différences

 

« Minces différences ». Tout est dit. Même la formule « gauche dure » contre « gauche molle » cède le pas au consensus. Si Nord Eclair la rappelle au début de son compte-rendu. Sébastien Leroy souligne en effet l’opposition entre la « gauche forte » souhaitée par Martine Aubry et le refus d’une « gauche dure » par son concurrent corrézien. Aussitôt après, il développe ces « différences de forme plus que de fond » qui les séparent. Sur quoi portent-elles ? le cumul des mandats, qui a « couté des soutiens » à Martine, la règle d’or, à laquelle François Hollande aurait souscrit selon la maire de Lille, le contrat de génération et la proposition de François Hollande de recruter 60 000 enseignants en 5 ans. C’est sur ces différentes questions que Martine Aubry est passé à l’offensive et qui justifie le titre principal de Nord Eclair

 

L’attaque frontale de la candidate sur la gauche molle n’a pas échappée à Hervé Fabre, pour La Voix du Nord, qui reste bien convaincu qu’elle visait François Hollande.  Pour le reste, écrit-il, « Martine Aubry a beaucoup insisté sur les « changements de position » qu’elle recense dans la campagne de son rival, à propos de la règle d’or et du déficit, des créations de postes dans l’enseignement, ou des licenciements boursiers dont Ségolène royal réclame l’interdiction ». On lira avec intérêt, toujours dans La Voix, l’article d’Olivier Berger consacré aux points de divergences sur l’économie, le social, l’Europe et la présidence. « Des divergences, mais ‘’dès lundi nous serons réunis’’ » .

 

La patronne vs l’homme d’Etat

 

En tout cas, note encore Hervé Favre, « après ces échanges d’amabilités, on a un peu de mal à imaginer l’un des deux camps se mettre au service de l’autre sans états d’âme dès dimanche soir ! ». Dans l’éditorial de Nord Eclair, Patrick Pépin insiste sur la personnalité des débatteurs et sur la forme du débat. « Peu de différences pour deux tempéraments opposés », juge-t-il. « Faute d’écart sur le contenu strictement dit, c’est bel et bien sur la personnalité de chacun et sur la forme que s’est joué vraiment le débat ».

 

Ainsi, pour l’éditorialiste, « la maire de Lille a joué la partie plus militante, plus patronne d’une grande formation politique. Le président du conseil général de Corrèze a continué d’affirmer une posture plus présidentielle, plus ‘’homme d’Etat’’ ». Et d’ajouter, faisant référence à l’ennemi commun des deux candidats en lice : « Pour briguer la fonction, comme Nicolas Sarkozy l’avait affirmé le concernant dès 2005, la préparation est essentielle, il ne faut penser qu’à ça. » Et nous ne dirons pas que c’est rasoir.

 

Bien évidemment, Liberté Hebdo a suivi attentivement le débat. Dans son éditorial à paraître dans l’édition de ce vendredi 14 octobre, Mathieu Hébert donne un avis clair, net et tranché : « Point de gauche molle ou de gauche dure. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une vraie gauche ». Voilà qui est dit. Mais nous ne résistons pas à vous conseiller également le reportage que Florence Traullé à réalisé au « Toucouleur », ce restaurant sénégalais de Lille où l’on pouvait assister à la retransmission du débat sur écran plasma.

 

D’accord, les consommateurs-électeurs étaient tous –ou presque- acquis à la cause de la candidate lilloise. Mais ils ont visiblement rigolé tout en regrettant l’absence de différences marquante et le consensus « Chacun est arrivé avec ses convictions et… reparti avec », conclu notre consœur. Bref, autant lire demain Liberté Hebdo car, finalement, « gauche molle » ou « gauche dure », est-ce bien la question ?

 

Philippe Allienne

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 02:29

Présidente de la sécurité

C'était la déclaration du jour. "Défiant" le ministre de l'Intérieur en visite à Marseille, comme l'a répété la télévision en couleur tout au long de ce lundi 29 août, la candidate Martine Aubry promet -si elle est élue au poste suprême- d'être "la présidente de la République de la sécurité. C'est dit : elle sera PRS. Elle serait donc aujourd'hui CRS (Candidate, etc.). La pègre n'en dort plus. Les petits délinquants non plus. Et les Roms ? Et les Sans Papiers ? Et les chômeurs ?...
Sérieux :  le chantre de la Sécurité pas sociale s'était finalement autoproclamé "président du pouvoir d'achat". Bilan : la délinquance a tellement reculé, comme l'affirme ce lundi Monsieur Claude Guéant, que les préfets en valsent de joie. Quant au pouvoir d'achat, on sait qu'il est en nette progression par rapport à l'indice de 1907.
 "Martine Aubry défie Claude Guéant", titre notamment ITélé.  Tonnerre d'Hortefeux ! "Défie" ou "Marche dans les pas" ? La sécurité : Voilà une valeur sûre. Et pour s'en convaincre, la Première socialiste évoque la "violence" vécue par les victimes obligées de limiter leurs sorties en ville.
Les millions de chômeurs, de travailleurs pauvres, de sans logis et sans abri, de mal logés, de sans avenir, etc, etc. n'ont sans doute pas le coeur à rire. Parce que la VRAIE violence est là, et bien là. Elle le sait pourtant bien, Martine Aubry. Les faiseurs de rumeur qu'elle dénonce avec juste raison, vont encore boire du petit lait. Pourquoi se disperser  ainsi ? La violence sociale ne doit-elle pas être la première à être ciblée, combattue, éradiquée par la gauche ? Martine Aubry aurait-elle finalement décidé de se laisser cornaquer par un gourou de la communication ? Celui de DSK, par exemple ? Euro RSCG qui mal y pense. Allez ! Sourions plutôt et attendons les titres  de la presse écrite de ce mardi matin. Mais continuons à nous indigner !  
Ph A
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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 13:40

Sa folie meurtrière est-elle duplicable ?

Un  attentat à la bombe et une fusillade qui ont tué au mpins 93 personnes en Norvège. La détermination, la longue préparation et le geste définitif d'Anders Berhing Breivik  prennent de court jusqu'à l'exrême droite de ce pays. Le FrP auquel il était inscrit de 1997 à 2006 tente de marquer ses distances avec son ancien militant. Comme le Front national français, depuis qu'il est dirigé par Marine Le Pen, le FrP se veut en rupture avec  son  passé et avec ses éléments les plus durs, ses éléments ouvertement fascistes. On parle désormais du "nouveau visage" d e l'extrême droite européenne.

 

Mais, nouveau visage ou non, cette extrême-droite se caractérise toujours par sa xénophobie, son rejet de l'immigration, du multiculturalisme et de la double nationalité, sa préférence nationale, etc. En Norvège, le dialogue et le modernisme social, la santé économique, la force de la jeunesse cachent une islamophobie qui n'a cessé de croître. Le tueur d'Utoeya et d'Oslo se présente comme un "chasseur de marxistes", un croisé contre l'islam, contre le" socialisme et contre les médias. Il est convaincu que son pays est menacé d'islamisation.

 

Pour horrible que soit son action, les arguments et les motivations d'Anders Breivik ne sont pas sans rappeler le combat que mènent, en France, des groupes comme "Riposte laïque" que nous dénoncions sur ce blog il y a quelques jours à peine :

http://kelmapresse.over-blog.com/article-le-journal-riposte-laique-n-est-pas-laic-79833167.html

 

Les "Assises de l'islamisation de l'Europe", tenues à l'espace Charenton, à Paris, en décembre dernier, les "apéros-saucisson-pinard", la violence des propos tenus sur ce site qui prétend défendre une "laïcité de combat" sont autant d'initiatives démagogiques propres à susciter les peurs et à développer les haines. L'époque n'a vraiment pas besoin de cela. Comme en Norvège, la bête immonde qui sommeille peut, avant de se réveiller, avoir des sursauts inattendus.

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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 16:48

 

Diminution de 100% du chômage à TourcoingPole-Emploi-Tg004.jpg

Apparemment, les médias ont manqué l'information. U n vrai scoop pourtant. La cité du broutteux, Tourcoing, dans le nord de la France, a éradiqué le mal qui ronge l'ensemble du pays : le chômage. Oyez, très braves gens : le cancer social s'est fait la malle. Histoire d"une rémission improvisée avec rechute programmée... et rapide

Le saviez-vous ?  Les visiteurs qui se rendent régulièrement dans une des agences de Pôle Emploi ne sont ni des touristes, ni des enfants gâtés qui rendent visite à leur tonton et repartent avec quelques euros pour s'acheter des friandises. Non, ces étranges et fidèles visiteurs sont des demandeurs d'emploi. Avant, on disait des "chômeurs". C'est la même chose. Un demandeur d'emploi, c'est un mec, ou une nana, normalement constitué(e) selon les normes encore en vigueur, mais qui n'a pas de travail.Parce qu'il ou elle n'en a pas trouvé, ou parce qu'il où elle en avait mais l'a perdu. Par mégarde, par distracton, par sa faute, au mec ou à la fille.C'est ça, un chômeur ou un e chômeuse (disons chômiste, c'est plus simple).

 

L'histoire commence le 19 juillet, à Tourcoing donc. Les chômistes qui se rendent à l'antenne de Pôle emploi, rue Thiers (du nom de celui qui avait fait tirer sur le peuple de la Commune), ex-Assedic locale, ont la surprise de trouver le rideau de fer baissé. A fond. Plus encore que la culotte qu'on leur demande si souvent de tomber. Une affichette les informe que l'agence déménage et que la clientèle (pardon ? D'accord, les chômistes) seront désormais reçus rue de Tournai, dans le centre ville. Une discussion s'engage entre les lecteurs de ladite affichette. Ils ne semblent pas d'accord sur l'interprétation qu'il convient de donner à la chute du texte.On y parle en effet d'une ouverture au 25 juillet, Mais comme la date du 19 figure aussi, certains croyants (comment ? Oui, oui, chômistes) assurent que le transfert a forcément eu lieu. Ils expliquent qu'il est inconcevable qu'une antenne de pôle emploi ferme durant une semaine. Même en juillet. M'enfin ?!

 

Alors, les chômistes se rendent rue de Tournai. En ordre dispersé pour ne pas avoir l'air de manifester; Et aussi pour ne pas montrer aux autres qu'ils ne savent pas trop situer. L'affichette ne livre pas les précisions. Rue de Tournai, à Tourcoing, c'est à proximité de l'église Saint-Christophe (ben oui, quoi ! Saint-Chistophe, le tout nouveau centre commercial ! Auchan  City !! Ca y est ? Tout le monde situe ? Bon).

 

Ils et elles (on peu dire une chômiste) arrivent donc en ordre dispersé rue de Tournai, derrière le Saint. Ils et elles cherche le n° 85, puisque l'affichette de tout à l'heure avait craché le numéro gagnant. Ils et elles passent du 75 au 105, reviennent sur leurs pas, recommencent, ne trouvent toujours pas, changent de trottoir pour faire semblant de ne pas chercher (chômiste et con, ça fait cumul et on ne sait jamais). Le manège dure une dizaine de minutes avant que les visiteurs se rendent à l'évidence. Le 85 n'existe pas. Une chômiste, venue de loin  pour déposer un dossier que Pôle emploi lui demande impérativement avant demain, crie à la blague de mauvais goût et cherche la caméra cachée.

 

A peine reconstitué, le groupe se disperse à nouveau pour aller à la chasse à l'info. L'un d'eux préfère jeter un oeil dans ce bel immeuble blanc, voisin de l'hôtel B&B récemment inauguré. A l'intérieur, un ouvrier sur une échelle, perché, s'affaire. "Bonjour, Monsieur l'ouvrier !" s'exclame l'insolent chômiste. "Vous seriez bien bon de me dire si je suis bien  à Pôle Emploi !" A ces mots, se penchant du haut de l'escabeau, l'homme ouvre de grands yeux et laisse tomber l'info : "Vous y êtes, malheureux. Mais les travaux ne sont pas achevés.  Ce sera ouvert le 25 juillet". 

 

Les chômistes auront appris une chose ce jour là. Ils peuvent disparaître des écrans radars pendant une semaine. Hors de portée des conseillers et autres référents. Pôle emploi a bien le droit de déménager. C'est pour mieux les accueillir. En enfer. Mais ça, les chômistes cancers sociaux de la société, ils connaissent déjà.

 

 

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