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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 09:32


La loi Hadopi
se paie les droits d’auteur des journalistes


Adoptée dans les conditions que l'on sait, la loi Hadopi attend maintenant les décrets d'application. Ce projet a déchaîné les passions entre les "pour" et les "contre". Les termes du débat (si l'on peut parler de débat) ont été mal posés. Mais la polémique concernant les droits d'auteur des artistes a gommé, non dans les faits mais dans la communication, un amendement déposé par le député UMP  M Kert. Cet amendement, adopté discrètement, porte un sérieux coup aux droits d'auteur des journalistes.

La contradiction est d'autant énorme que le silence qui pèse sur ce point du texte est incompréhensible. Bien sûr, il faut protéger les droits des artistes et des créateurs en général. La loi le fait mal. Mais les journalistes, qui sont aussi des créateurs, au sens du droit de propriété intellectuelle, se voient lésés grâce à cette même loi Hadopi. Ce que les employeurs de presse souhaitaient depuis longtemps est en passe de se réaliser.

En juin dernier, l'UPC s'inquiétait pour les photographes de presse et, plus généralement, pour les photographes publiant des photos dans la presse. Ils ont tenu une réunion d'information au Club de la Presse du Nord - Pas de Calais. C'est ici : http://www.clubdelapressenpdc.org/spip.php?article8092

Ci-dessous, deux communiqués du Syndicat national des journalistes (SNJ) et du syndicat national des journalistes CGT (SNJ CGT) publiés en avril de cette année. On trouve aussi ce dernier sur le site d'Acrimed. Ces deux principaux syndicats de journalistes expliquent les enjeux en cours.


Le communiqué du SNJ : 

http://www.snj.fr/IMG/Com_29avril09.pdf

 

Le communiqué du SNJ CGT :
 (Certains passages apparaîssent en caractères gras à l'initiative de Kelma Presse)


Albanel et Kert aux ordres des patrons de presse (SNJ-CGT)

 

 

Le gouvernement et sa majorité viennent de porter atteinte au statut du journaliste et de le dénaturer. Au cours du débat sur la loi Internet et Création, un amendement était soumis au vote visant à régler le problème de la cession des droits d’auteur des journalistes dans l’environnement numérique.

 

Monsieur Kert, député UMP des Bouches-du-Rhône, se faisant le relais des revendications patronales, a présenté un sous-amendement qui modifie le code du travail et le statut du journaliste. Rappelons que Monsieur Kert s’était déjà signalé dans le débat sur le travail du dimanche et dans celui sur la réforme de l’audiovisuel public.

 

Le sous-amendement de Monsieur Kert introduit un nouvel article dans le code du travail, L.7111-5-1, qui dit : « La collaboration entre une entreprise de presse et un journaliste professionnel porte sur l’ensemble des supports du titre de presse tel que défini au premier alinéa de l’article L. 132-35 du code de la propriété intellectuelle, sauf stipulation contraire dans le contrat de travail ou dans toute autre convention de collaboration ponctuelle. »


Alors que le code du travail prévoit que le journaliste est employé par un titre, le nouvel article permet à l’employeur de lui imposer de travailler sur l’ensemble des supports. Les patrons pourront imposer aux journalistes de travailler indistinctement pour un titre, pour le site Internet, la radio, la chaîne de télévision, etc.

 

Monsieur Kert a justifié ce sous-amendement en déclarant qu’il « vise à prendre en compte la révolution numérique en cours : le journaliste peut désormais être amené à travailler sur les différents supports du titre de presse. Si tel ne devait pas être le cas, cela doit être précisé dans le contrat de travail ou, pour les pigistes, dans toute autre convention de collaboration ponctuelle.


Pour les contrats de travail en cours d’exécution, un avenant devra être conclu pour prévoir que la collaboration du journaliste est désormais multi-support. Le refus par le journaliste de conclure un tel avenant ne saurait être considéré comme une cause réelle et sérieuse de licenciement. Pour les journalistes déjà salariés qui concluent cet avenant à leur contrat de travail, l’employeur, dans le cadre de son obligation de formation de ses salariés, fera un effort particulier pour adapter leurs compétences au travail sur différents supports. En effet, en application d’un article du code du travail, il lui appartient de veiller au maintien de la capacité de ses collaborateurs à
occuper un emploi, au regard notamment de l’évolution des emplois, des compétences, des technologies et des organisations. »


La ministre de la Culture et de la Communication, elle, s’en est remise « à la sagesse » (sic) de l’Assemblée, poursuivant, un peu plus tard : « C’est vrai que le sujet fait l’objet de très longues discussions. Je crois que les journalistes sont conscients que des modifications sont nécessaires et il y a dans ce sous-amendement une conception de la collaboration au niveau des groupes qui a sa logique. C’est la raison pour laquelle je m’en suis remise à la sagesse de l’Assemblée. »


Les députés UMP ont alors reçu l’appui de Monsieur du Séjour, du Nouveau Centre. Madame Albanel a eu le dernier mot en avouant que : « Ce point ne fait pas partie des conclusions du « Blanc ». Il est vrai que c’est un sujet complexe et sensible. J’ai donné un avis de sagesse car nous pensons qu’il revient à chaque entreprise de s’organiser en fonction de la périodicité et de la nature de ses publications. Notre souci est donc plutôt de préserver la liberté des entreprises. »> On se demande donc pourquoi le code du travail va imposer cette modification essentielle du statut du journaliste qui met en cause tout son édifice et notamment la clause de conscience.


Sous ce régime de « godillots » aux ordres des patrons, il a suffi de 15 députés en séance pour défaire un statut voté à l’unanimité du Parlement en 1935. C’est cela sans doute la modernité.


Si la commission mixte paritaire qui doit adopter la loi définitivement ne modifie pas cet article, le SNJ-CGT appelle d’ores et déjà à la mobilisation de toutes les rédactions pour refuser de le mettre en œuvre par tous les moyens.


Montreuil, le 6 avril 2009

 

 



 

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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 05:58

Elle est à toi cette chanson...
Qu'ajouter de plus aux nombreux commentaires qui ont suivi les propos du ministre de l'Intérieur en marge de l'université d'été de l'UMP à Seignosse ?  Dans un  dossier, très bon au demeurant, le quotidien "Libération" (12 et 13 septembre) commence par évoquer "l'affaire de la vidéo". Comme si les images, prises à l'insu des protagonistes,  seraient responsables et coupables. Dans l'interview que ce même quotidien présente comme un droit à la défense du ministre, ce dernier ne s'estime coupable d'aucune faute. "Pour qu'il y ait excuse, il faudrait qu'il y ait faute" assène-t-il.

Sur France Info, Henri Guaino s'inquiète : "la  tranparence absolue est le début du totalitarisme". Il faudrait donc se contenter des explications embrouillées et suffisantes de M. Hortefeux faisant référence à ses origines auvergnates (les mêmes que Fadela Amara qui ne manque d'ailleurs pas de voler à son secours). Encore une fois, haro sur les médias, qui excellent dans le "lynchage médiatique", sur la gauche et les associations qui s'emparent de "l'affaire" dans une grande manoeuvre de récupération. Et plus globalement, méfiance vis-à-vis d'internet. Ah, si la technique pouvait être utilisée proprement ! "Proprement", de l'adjectif "propre" utilisé par le même Hortefeux lorsqu'il était ministre de l'Intérieur pour stigmatiser l'immigration non choisie. Souvenons-nous, le 25 novembre 2007, sur la chaîne M6 : "Cela veut dire qu'il y aura toujours des sans-papiers sur le territoire français ?", interroge le journaliste de l'émission "Capital", Guy Lagache. "Si vous rêvez d'une société idéale dans laquelle il n'y aurait que des citoyens honnêtes, propres..." Langage mal maîtrisé ? xénophobie latente ? Etat d'esprit traduisant un malaise qui remonterait à la décolonisation et qui, comme le suggère Médiapart, viserait particulièrement les Maghrébins ? Médiapart va jusqu'à parler de "fantasme". Difficile, au moins, de ne pas déceler dans les propos du ministre les signes d'un racisme ordinaire, celui qui est peut-être le plus difficilement avouable.

Les journalistes et les
vidéastes amateurs seraient donc responsables de tout, ou plutôt irresponsables, en filmant et diffusant les dérives verbales et comportementales de ceux qui nous dirigent ou qui voudraient nous diriger : le président et son "casse-toi pauv'con" au Salon de l'Agriculture du 23 février 2008, Patrick Devedjan, secrétaire général de l'UMP qui traite Anne-Marie Compari de "salope" (le 29 juin 2007), Manuel Valls, député-maire PS d'Evry qui, le 9 juin dernier, réclame des "Blancos" parcequ'il y a trop de Noirs sur sa brocante, de Ségolène Royal qui s'en prend au corps enseignant, du président Sarkozy (encore lui ?!) qui montre son estime pour les journalistes sur un plateau de la télé publique, etc.

Des victimes. Tous des vicitimes du lynchage médiatique. Tous des victimes de la dictature des journalistes qui répètent bêtement et à l'envi n'importe quelle sottise pourvu qu'elle soit sortie de son contexte. Mais sortie quand même ! Oui mais, quand M Hortefeux demande au ministre Azouz Bégag de "dégager" sur un ton aussi élégant que "Fissa, sors de là ! Dégage d'ici, je te dis !". Il n'y avait pas de caméra cachée. Lorsque le président Chirac, le 20 juin 1991, parle du "bruit et de l'odeur" du quartier de la Goutte d'or, à Paris : c'est dans un discours. Lorsque le président Sarkozy (le revoilou), traite un pêcheur d "enculé", le 9 novembre 2007 à Guilvinec : c'est devant les caméras de la télévision qui le suivent dans un voyage officiel. Et ne parlons pas de la "racaille" qu'il proposait de "nettoyer au kärcher" lorsqu'il était ministre de l'Intérieur et qu'il invitait la presse à témoigner de ses grandes actions de communication.

Non, décidément, ces dérives ne sont qu'interprétations erronées de journalistes de mauvaise foi. Des gens mal intentionnés qui ne comprennent pas que les élus sont "proches du peuple" et parlent "comme le peuple". Quant à Brice Hortefeux, lavons-le de tout soupçon raciste, de toute volonté de stigmatiser une communauté ou une ethnie, quelle qu'elle soit. Il est auvergnat. Comme Fedela Amara qui, elle le répète, ne saurait accepter le moindre propos raciste de son "compatriote" de ministre.BHabile manière, finalement, de conforter le consensus sur l'immigration et les sans papiers.

Alors, pour rendre service à M. Hortefeux, pour le soutenir dans sa galère, rappelons-lui cette chanson de Brassens, justement intitulée "Chanson pour l'Auvergnat" :

Elle est à toi cette chanson
Toi l'Auvergnat qui sans façon
M'as donné quatre bouts de bois
Quand dans ma vie il faisait froid
Toi qui m'as donné du feu quand
Les croquantes et les croquants
Tous les gens bien intentionnés
M'avaient fermé la porte au nez
Ce n'était rien qu'un feu de bois
Mais il m'avait chauffé le corps
Et dans mon âme il brûle encore
A la manièr' d'un feu de joie


Si vous en voulez encore :

La vidéo publiée par Le Monde
http://www.dailymotion.com/user/publicsenat/video/xage4m_18h00-hortefeux-la-video-de-public_newshttp://www.dailymotion.com/video/xafxrd_quand-brice-hortefeux-derape_news

La vidéo diffusée par Public Sénat montre l'intégralité des échanges :
http://www.dailymotion.com/user/publicsenat/video/xage4m_18h00-hortefeux-la-video-de-public_news

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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 16:35
A redécouvrir, cette belle interprétation du poème de Rimbaud, écrit en mars 1870 :

Sensation 

http://www.youtube.com/watch?v=6EEyLbgrhZA&feature=related
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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 14:41

link 

L’engagement, le défi et la lumière

 

 

Mort le 1er août à Arès, dans sa Gironde natale, le philosophe Francis Jeanson était un intellectuel pour qui la pensée devait être liée à l’action. Un homme d’engagement par excellence. Un « philosophe de l’engagement con concret ».  Il avait 87 ans.

 

Le nom de Francis Jeanson reste indéniablement lié au réseau de soutien au FLN, les « porteurs de valises », qu’il avait créé en 1957. Mais son engagement commence dès l’été 1943, pendant l’occupation nazie. Fraîchement diplômé en  philosophie, à 21 ans, il passe clandestinement en Espagne pour échapper au service du travail obligatoire (STO). Il y est arrêté et interné. Dès sa libération, en décembre après une intervention de la Croix rouge, il s’engage dans les Forces françaises libres en Afrique du Nord et part au Maroc. De là, il fait un bref séjour en Algérie.

 

Il y retourne après la Libération, en 1948, pour donner une série de conférences. Il y reste plusieurs mois. Suffisamment pour prendre conscience des horreurs de la colonisation. Sous le titre « Cette Algérie conquise et pacifiée », il publie un article dans la revue « Esprit ». « Il faut faire quelque chose. C’est trop énorme, c’est trop grave » écrit-il.

 

La polémique avec Camus

 

En 1950, il fonde la collection « Ecrivains de toujours », aux éditions du Seuil. Mais cet adepte de l’existentialisme et de la pensée de Sartre, qu’il découvre dès 1940,  devient aussi l’un des principaux animateurs de la revue « Les Temps modernes », avec l’auteur de « la nausée ». C’est d’ailleurs à lui que Sartre va confier la critique de « L’homme révolté » d’Albert Camus où ce dernier met en cause le marxisme et l’action révolutionnaire. Titré « Albert Camus ou l’âme révolté », et publié en juin 1952, le texte est cinglant. Camus se fâche définitivement avec Sartre et met en cause l’honnêteté du jeune auteur. Plusieurs décennies plus tard, Francis Jeanson avouait, dans un entretien avec l’écrivain et cinéaste Dominique-Emmanuel Blanchard, link.avoir été dur mais assumait toujours. « Le propos de l’Homme révolté était de substituer à toute idée, à toute recherche du type action révolutionnaire une conception de la révolte qui nous apparaissait trop abstraite, et hors de propos, n’embrayant pas sur la réalité ».(1)

 

La réalité. Tout est dit dans ce mot. Là où Camus s’attaque au communisme et à l’URSS « sans faire de détail » et «avec une indifférence méditerranéenne »,  Jeanson n’oublie pas le sens que revêt, pour la classe ouvrière,  l’appartenance à cette mouvance. Là où Camus  choisit la distance de l’intellectuel, Jeanson choisit l’engagement concret et l’action. Pour lui, les idées doivent être enracinées dans la réalité. Dès lors, il prend tous les risques, dans le plein sens du terme. Le déclenchement de la lutte armée, en Algérie, lui en donne l’occasion.

 

En juin 1955, avec son épouse Colette, il publie un pamphlet qui fera date : « l’Algérie hors la loi ». Fin mars 1956, après un séjour en sanatorium, il sollicite les intellectuels, écrivains, artistes pour soutenir le FLN. Lui-même met sa maison et sa voiture au service des militants algériens en France. Durant l’automne 57, il n’hésite pas à donner une conférence de presse clandestine à Paris. Le réseau de soutien qui portera son nom est officiellement créé en octobre 1957. Cela s’est fait en accord et en coordination  avec les responsables de la Fédération de France du FLN, Tayeb Boulahrouf puis Omar Boudaoud.

 

« Traitres » ou « aventuriers »

 

En octobre 1998, Francis Jeanson et plusieurs anciens de son réseau   sont venus à Villeneuve-d’Ascq témoigner dans le cadre d’un séminaire (2). L’un d’entre eux, le comédien Jacques Charby, disparu en janvier 2006, était chargé du recrutement. « Francis Jeanson était insatiable, avait-il raconté. « Recrute, me disait-il. Va vite !  » Le réseau se constitue peu à peu.  Des gens de droite républicaine, des chrétiens de gauche, des communistes. Combien étaient-ils ? Même Jeanson ne savait le dire précisément. « Environ 3000 personnes ont été recensées, dira-t-il. Et nous fonctionnions avec un noyau dur d’une douzaine de permanents. »

 

Pour lui, il fallait sensibiliser l’opinion tout en agissant au service du FLN.  Les « porteurs de valise », une expression attribuée à l’un d’entre eux, le journaliste-écrivain Georges Arnaud (disparu en 1987) transportent, hébergent et cachent les combattants. Ils transportent le matériel de propagande et… l’argent des cotisations de la communauté algérienne. « La règle, disait Jacques Charby, était de nous considérer comme des traîtres. C’était le leit motiv. Pour la gauche, nous étions des « aventuriers ».

 Jacques Charby


« 
Lorsque le réseau est tombé, raconte Jeanson, nous manipulions 400 millions d’ancien francs par an. Nous disposions d’un fonds de roulement de 12 millions d’anciens francs que les policiers n’ont pas trouvé ». En 1960, la plupart des membres du réseau Jeanson sont arrêtés Lui-même échappe aux mailles du filet. Alors qu’Henri Curiel prend le relais, le procès a lieu le 5 septembre.  Tous sont condamnés à des peines de prison. Jeanson écope de 10 ans par contumace. Tous sont graciés en 1966 par le général de Gaulle.

 

Une morale de l’action

 

Contrairement à d’autres, à l’indépendance de l’Algérie, Jeanson ne rejoint pas le président Ben Bella. Pour lui, l’Algérie est aux Algériens, il leur revient de gérer leur pays et de conduire la révolution. Son engagement n’était pas que philosophique. Il revêtait un sens politique et une morale de l’action. Il fallait répondre à un défi essentiel de l’après Libération : celui de la décolonisation. Pour l’universitaire algérien Daho Djerbal (2), il importait aussi pour lui « que l’Algérie puise un jour ne plus identifier la France aux pires excès d’une certaine politique française ».

 

Après son amnistie, Jeanson va appliquer sa morale de l’action à l’occasion du lancement des maisons de la culture par André Malraux. Il a dirigé celle de Châlon-sur-Saône où il a développé la théorie de l’approche du public. Ensuite, et pendant trente ans, il a travaillé à la recherche de solutions pour les malades souffrant de troubles psychiques. Il ne s’est pas pour autant désintéressé de la politique. En 1992, il s’implique dans le conflit des Balkans. En mai 1999, on le voit à Lille soutenir le combat des Sans papiers.

 

Francis Jeanson était-il un « juste », comme l’affirme Daho Djerdal ? « Ma vie n’aura été qu’une succession de hasard », se plaisait-il à dire. Une vie durant laquelle il n’a eu de cesse de se battre pour des valeurs fondamentales. Celles qui rendent à l’homme sa dignité.

 

Texte et photos : Philippe Allienne

 

 

(1)   « Francis Jeanson - Une exigence de sens », sans un numéro spécial de la revue « Au bord de l’Eau (1997). Cette rencontre avec Dominique-Emmanuel Blanchard fait ensuite l’objet d’un essai paru en 2002 (Au bord de l’Eau Ed) et d’une version filmée.

(2)   Le séminaire était intitulé « Pour une mémoire des deux rives » et organisé par le Collectif pour la démocratie en Algérie (CPDA). Il avait réuni d’anciens responsables de la Fédération de France du FLN et une partie du réseau Jeanson, dont Francis Jeanson.

 

(3)   El Watan – 5 août 2009




 

De gauche à droite (les membres du réseau Jeanson appraissent en gras) : Nourredine Zénine, Jacques Charby, Ali Haroun, Francis Jeanson, Serge Moureaux, Hélène Cuénat, Saïd Bouaziz, Robert Davezies et Anne Preiss.
La photo a été prise en octobre 1998, face à la Macc de Villeneuve d'Ascq où s'est déroulé le séminaire "Pour une mémoire des deux rives".

          
Saïd Bouaziz et Anne Preiss                                                            Robert Davezies et Mohamed Mechati


          
     
Hélène Cuénat                                                                              Saïd Bouaziz, Serge Moureaux, Omar Boudaoud

Francis Jeanson : sa philosophie
http://www.dailymotion.com/related/x2hoas/video/xk2e8_francis-jeanson-credo_creation
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5 août 2009 3 05 /08 /août /2009 19:28

La nonne et la CGT...
sans voile

L'histoire date de novembre 2004.  Elle mérite d'être connue". Elle l'était peu. Nous trahissons ici, dans l'allégresse, le secret de la correspondance courriellesque.  Il s'agit d'un échange entre une religieuse, moniale visitandine à Nantes, et le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault.
Que se passe-t-il lorsque ces deux là se rencontrent, ou plutôt, échangent par courrier ? Une belle histoire d'humour. Ah, si les hommes et les femmes s'aimaient d'humour... ! 

Courrier authentique et certifié par celui qui le retransmet à ses ouailles :


 Lettre adressée par Soeur M. à la C.G.T

                   
« Madame, Monsieur, 

 Religieuse cloîtrée au monastère de la Visitation de Nantes, je suis sortie, cependant, le 19 juin, pour un examen médical. Vous organisiez une manifestation. Je tiens à vous féliciter pour l'esprit bon enfant qui y régnait. D'autant qu'un jeune membre de votre syndicat m'y a fait participer ! En effet, à mon insu, il a collé par derrière sur mon voile l'autocollant CGT après m'avoir fait signe par une légère tape dans le dos pour m'indiquer le chemin. C'est donc en faisant de la publicité pour votre manifestation que j'ai effectué mon trajet. 

La plaisanterie ne me fut révélée qu'à mon retour au monastère. En communauté, le soir, nous avons ri de bon coeur pour cette anecdote inédite dans les annales de la Visitation de Nantes.
 

Je me suis permis de retraduire les initiales de votre syndicat (CGT = Christ, Gloire à Toi).   Que voulez-vous, on ne se refait pas. Merci encore pour la joie partagée. Je prie pour vous. 

Au revoir, peut-être, à l'occasion d'une autre manifestation.
 

                                                                             
Soeur M. »
 

           
Réponse du secrétaire général de la C.G.T. 

« Ma soeur,
 

Je suis persuadé que notre jeune camarade, celui qui vous a indiqué le chemin, avait lu dans vos yeux l'humanité pure et joyeuse que nous avons retrouvée dans chacune des lignes de votre lettre.
 

Sans nul doute il s'est agi d'un geste inspiré, avec la conviction que cette pointe d'humour " bon enfant " serait vécue comme l'expression d'une complicité éphémère et pourtant profonde
 

Je vous pardonne volontiers votre interprétation originale du sigle de notre confédération, car nous ne pouvons avoir que de la considération pour un charpentier qui a révolutionné le monde.
 

Avec tous mes sentiments fraternels et chaleureux,
 

Bernard Thibault,
Secrétaire général de la CGT »
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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 09:10

 

Désamour, diversion, espoir

Si vous n’avez pas lu la presse ce week-end…

 

Il y a une semaine, samedi 23 mai, les quotidiens « La Voix du Nord » et « Nord Eclair » donnaient les dix-huit listes déposées pour les élections européennes du 7 juin, dans la grande circonscription du Nord-Ouest. Le dépôt de ces listes s’étaient en effet achevé la veille au soir, 24 mai. Au total, il y a donc bien 161 listes en France (contre 168 en 2004). Dans notre région, comme partout en France, la parité est respectée ; dix hommes et dix femmes par liste. Sur les 18 listes, sept seront conduites par une femme.

 

Ces listes ont été validées le lundi suivant par le ministère de l’Intérieur. Sur le site www.interieur.gouv.fr, on peut trouver l’ordre exact de dépôt et, surtout, les noms précis avec la tête de liste et l’ensemble des 20 candidats par liste. Pour notre circonscription, les grandes formations sont au rendez-vous de ce scrutin : Majorité présidentielle derrière Dominique Riquet, PS derrière Gilles Pargneaux, Modem, derrière Corinne Lepage, extrême droite en ordre dispersé avec Marine Le Pen d’un côté et Carl Lang de l’autre, le Front de gauche conduit par Jacky Hénin et « élargit ses lignes en direction du parti de gauche de Marc Dolez », précisait « La Voix », Les Verts, LO, le Nouveau parti anticapitaliste de Besancenot, sans oublier « Debout la République » de Dupont Aignan ou encore la liste Nihous et De Villiers dans laquelle on retrouve Chasse-Pêche-Nature et Tradition…

 

Efficacité, légitimité, identité : les doutes !

 

Les listes ont donc été officialisées lundi 25 mai, jour du lancement de la campagne officielle. Mais durant la semaine qui vient de s’écouler, les craintes d’un  très fort taux d’abstention ne se sont pas atténuées. La lecture de la presse de ce week-end est édifiante. A commencer par « Le Monde » daté 31 mai et 1er juin : Il publie un entretien avec Hubert Védrine, l’ancien ministre des affaires étrangères,  et un article de Dominique de Villepin. Ce dernier, rapporte « le Monde », « juge que la campagne européenne (…) « n’est pas à la hauteur des enjeux ». Ceux-ci sont  liés, écrit-il, à la crise la plus grave que l’Union européenne (UE) ait jamais traversée : les Européens  doutent de son « efficacité », de sa « légitimité » et de son « identité ». Hubert Védrine ne dit pas autre chose quand il observe une « fatigue de l’Europe » qu’il attribue à « des constructions trop théoriques, trop techniques ou trop lyriques ».  Mais surtout, l’ancien ministre des Affaires étrangères « commente l’étonnante incapacité de la gauche social-démocrate européenne à tirer profit –politiquement et électoralement- d’une crise qui est celle d’un modèle promu par une droite libérale contemptrice du rôle de l’Etat.

 

« Comment sauver la campagne ? »  demandent Claude Askolovitch et Olivier Jay dans le Journal du Dimanche de ce samedi 31 mai. Si le Parlement n’a jamais été aussi important, conviennent-ils, « rien n’y fait. L’abstention menace, la campagne s’étiole. L’Europe un enjeu ? Sans doute. Mais on continue de résumer cet enjeu au ballet des chefs d’Etat et de gouvernement, à leurs rapports de force, à leurs négociations ». Dans sa seconde édition, dimanche, le JDD a publié un texte commun de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. On peut s’interroger sur cette « initiative franco-allemande et ses effets sur le débat européen, dans la  démocratique médiatique, ce texte commun a plus de poids que tous les votes des eurodéputés ». Non, rien n’y fait : une étude TNS Sofres/Logica effectuée pour « le Monde »,  France 2, France 3 et France inter prévoit que « le taux d’abstention pourrait varier de 52% à 60% » pour l’ensemble de la France. En 2004, le taux de participation dans le Nord-Ouest n’était que de 41%.

Nouveau projet absent

 

Dans la Voix du Nord de dimanche (31 mai), Michel Bretonnier ne s’étonne pas de ce « désamour entre l’Europe et ses peuples ». « Cette Europe, accuse-t-il, a pris la drôle d’habitude de faire fuir les électeurs lorsqu’elle présente son parlement à leurs suffrages et de les mobiliser lors des référendums, mais contre elle ».Pour le rédacteur en chef de La Voix, l’Europe est « dans un coma dépassé » parce  qu’ « elle n’a pas su dessiner un nouveau projet quand la paix est devenue naturelle entre pays européens, que le Mur est tombé et la prospérité s’est installée ».

 

Dans le JDD de samedi, Simone Veil explique pourquoi il faut voter.  Celle qui fut la première présidente du Parlement européen (de mai 1998 à mars 2001) regrette que, contrairement à cette époque, « le Parlement travaille sur le fond et a du pouvoir, mais il n’attire plus le regard ». Et elle accuse la presse. « « Vous êtes responsables, les médias, qui ne rendez pas assez compte de l’activité de ce Parlement ». Responsable aussi, « les politiques qui ne le valorisons pas assez » ajoute-t-elle.

 

Ne tirez pas sur les médias !

 

Cette mise en cause des médias, Patrick Pépin ne veut pas l’entendre. L’éditorialiste de « Nord Eclair » s’emporte, dans Nord Eclair de samedi 30 mai ; « la sempiternelle remarque, insupportable à la longue, des médias qui ne feraient pas leur travail ». Et il rappelle que son journal a traité le sujet abondamment pendant toute la campagne  et tout au long de l’année ». Patrick Pépin invite plutôt à regarder vers les thèmes qui ont fait diversion dans la campagne : « la question du travail du dimanche qu’on remet sur la table », le retour tant attendu du débat sur la sécurité, une proposition de loi permettant aux malades de travailler à domicile… « Pour mettre le feu au lac, il n’y avait pas mieux », juge-t-il.

 

La faute aux Etats membres…

 

Dans Nord Eclair de ce lundi 1er juin, Gérard Onesta, vice-président sortant du Parlement veut appeler un chat un chat : Pour lui, ce sont les pays membres eux-mêmes qui ne pensent pas assez européen. « On ne remonte pas en quinze jours un handicap d’indifférence totale, générée par les dirigeants des Etats, et la France en premier lieu. »

 

Samedi 30 mai, l’Humanité a publié un appel du « Front de gauche », l’ »Appel du 29 mai » pour redonner la parole au peuple. L’Huma aussi craint un taux record d’abstention et trouve que la campagne a été très peu relayée par les grands médias » Pourquoi le 29 mai ? Parce que c’est la date anniversaire du référendum sur le traité constitutionnel, le 29 mai 2005, quand « les Français avaient dit non à l’Europe libérale », lit-on  dans le texte. Objectif recherché par cet appel : « qu’il soit mis fin au service minimum électoral et que soit décrétée la mobilisation maximum de tous les moyens de débat public ».

 

Voix de l’espoir

 

Chez nous, « Liberté Hebdo » du 29 mai titre sur « les voix de l’espoir ». Il note que les « Français qui résistent font entendre une voix effrontément différente de celles qui invitent à la résignation ou à la division. Une voix qui devra se multiplier le 7 juin dans les urnes ». Dans son éditorial, Bruno Cadez évoque aussi cette France qui « résiste aux injustices » et qui s’était donné rendez-vous, jeudi dernier, à proximité de l’Assemblée nationale. Il veut parler des « hommes et des femmes de Caterpillar, de continental, d’Arcelor, etc. et des parlementaires du Parti communiste et du Parti de gauche qui défendent trois projets de loi pour combattre la crise.

 

Et l’Europe sociale ?

 

Et Bruno Cadez se prend à rêver : « si ces projets de loi étaient votés, songe-t-il, les licenciements boursiers seraient interdits, le Smic passerait à 1600 euros brut, les salariés auraient, face au patron, de véritables pouvoirs dans l’entreprise, les franchises médicales et le bouclier fiscal seraient supprimés, la directive Bolkestein n’aurait aucune chance d’être appliquée en France. » Et de conclure que « d’autres choix solidaires et écologiques sont possibles en France et en Europe. Le 7 juin, il faudra s’en souvenir », dit-il.

 

Ce pourrait (presque) être un lecteur de « Liberté hebdo » qui écrit dans le courrier des lecteurs de La « Voix du Nord » de lundi : Si les « peuples européens ne seront pas nombreux à aller voter, c’st qu’ils sont déçus par l’Europe actuelle ! (…) Au lieu de n’être qu’une « union monétaire, financière juridique et technocratique qui n’a su que réglementer et n’a même pas vu arriver la crise (…) il aurait fallu commencer par le début, c’est-à-dire une véritable Europe politique et sociale  en organisant une harmonisation progressive des salaires et des charges ainsi que des mesures sociales, des horaires, des congés payés et de formation ». Pour lui, cela reste possible mais…  « Que de temps perdu ! » regrette-t-il.

 

 

 

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Published by Kelma Presse - dans Dans la presse
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