Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 23:13

Je sais, tout bon utilisateur d’internet, à plus forte raison quand il est journaliste (c’est –encore- mon cas) doit s’interdire de reprendre in extenso un texte paru dans une publication de presse. C’est une question de respect des droits d’auteur. De respect tout simplement. Je  le fait toutefois ci-dessous, en toute conscience, sans vergogne et à titre exceptionnel. Le site liberation.fr voudra bien –je l’espère- me pardonner cette indélicatesse. C’est que la lettre ouverte qu’il a publiée ce vendredi 2 décembre vaut la peine d’être vue, revue, lue, relue, copiée et recopiée. Les mots, lorsqu’ils sont écrits, gagnent à être connus. Ils sont forts, ils sont beaux. Ils sont gavés de sens. Un simple renvoi vers le site d’origine m’aurait permis de rester dans la légalité. Il m’aurait frustré.

La lettre en question, adressée au ministre de l’Intérieur,  est celle d’un étudiant en droit qui défend l’honneur de sa mère marocaine. Pour des raisons que, certes, j’ignore, cette femme vient de voir classé son dossier de demande de nationalité française. Elle réside en France depuis 27 ans. En des temps où le pouvoir insulte les chômeurs, stigmatise les pauvres, soupçonne les malades, se méfie de la jeunesse, donne la chasse aux étrangers,  voit des fraudeurs et des voleurs partout lorsqu’il s’agit de personnes vulnérables ; en des temps où le pouvoir oublie qu’il est au service du peuple, la lettre de M. Amine El Khatmi n’est ni un cri de désespoir, ni une manifestation colérique. Elle est un appel à la raison, un rappel à la démocratie, un cri de liberté. Elle est, pour paraphraser mon ami wallon Julos Beaucarne, un coquelicot planté dans le désert d’intolérance, d’incohérence et de déshumanisation de notre société. La voici, et sans autre façon, dans le texte et sa dignité.

 

Philippe Allienne

 

Le crachat et le rêve français…

 Par Amine EL KHATMI 23 ans, étudiant en droit (master 2), Français

Lettre à monsieur le ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration

Monsieur le ministre,

 

 La sous-direction de l’accès à la nationalité française du ministère que vous dirigez vient de signifier à madame S. Boujrada, ma mère, le classement de son dossier et un refus d’attribution de nationalité. «Vous ne répondez pas aux critères», est-il écrit dans un courrier sans âme que l’on croirait tout droit sorti de l’étude d’un huissier ou d’un notaire.

Ma mère est arrivée en France en 1984. Il y a donc vingt-huit ans, monsieur le ministre, vingt-huit ans ! Arrivée de Casablanca, elle maîtrisait parfaitement le français depuis son plus jeune âge, son père ayant fait le choix de scolariser ses enfants dans des établissements français de la capitale économique marocaine.

Elle connaissait la France et son histoire, avait lu Sartre et Molière, fredonnait Piaf et Jacques Brel, situait Verdun, Valmy et les plages de Normandie, et faisait, elle, la différence entre Zadig et Voltaire ! Son attachement à notre pays n’a cessé de croître. Elle criait aux buts de Zidane le 12 juillet 1998, pleurait la mort de l’abbé Pierre.

Tout en elle vibrait la France. Tout en elle sentait la France, sans que jamais la flamme de son pays d’origine ne s’éteigne vraiment. Vous ne trouverez trace d’elle dans aucun commissariat, pas plus que dans un tribunal. La seule administration qui pourra vous parler d’elle est le Trésor public qui vous confirmera qu’elle s’acquitte de ses impôts chaque année. Je sais, nous savons, qu’il n’en est pas de même pour les nombreux fraudeurs et autres exilés fiscaux qui, effrayés à l’idée de participer à la solidarité nationale, ont contribué à installer en 2007 le pouvoir que vous incarnez.

La France de ma mère est une France tolérante, quand la vôtre se construit jour après jour sur le rejet de l’autre. Sa France à elle est celle de ces banlieues, dont je suis issu et que votre héros sans allure ni carrure, promettait de passer au Kärcher, puis de redresser grâce à un plan Marshall qui n’aura vu le jour que dans vos intentions. Sa France à elle est celle de l’article 4 de la Constitution du 24 juin 1793 qui précise que «tout homme - j’y ajoute toute femme - né(e) et domicilié(e) en France, âgé(e) de 21 ans accomplis, tout(e) étranger(e) âgé(e) de 21 ans accomplis, qui, domicilié(e) en France depuis une année, y vit de son travail, ou acquiert une propriété, ou épouse un(e) Français(e), ou adopte un enfant, ou nourrit un vieillard, tout(e) étranger(e) enfin, qui sera jugé(e) par le corps législatif avoir bien mérité de l’humanité, est admis(e) à l’exercice des droits de citoyen français». La vôtre est celle de ces étudiants étrangers et de ces femmes et hommes que l’on balance dans des avions à destination de pays parfois en guerre.

Vous comprendrez, monsieur le ministre, que nous ayons du mal à accepter cette décision. Sa brutalité est insupportable. Sa légitimité évidemment contestable. Son fondement, de fait, introuvable. Elle n’est pas seulement un crachat envoyé à la figure de ma mère. Elle est une insulte pour des millions d’individus qui, guidés par un sentiment que vous ne pouvez comprendre, ont traversé mers et océans, parfois au péril de leur vie, pour rejoindre notre pays. Ce sentiment se nomme le rêve français. Vous l’avez transformé en cauchemar.

Malgré tout, monsieur le ministre, nous ne formulerons aucun recours contre la décision de votre administration. Nous vous laissons la responsabilité de l’assumer. Nous vous laissons à vos critères, à votre haine et au déshonneur dans lequel vous plongez toute une nation depuis cinq ans. Nous vous laissons face à votre conscience.

Quand le souffle de la gifle électorale qui se prépare aura balayé vos certitudes, votre arrogance et le système que vous dirigez, ma mère déposera un nouveau dossier.

Je ne vous salue pas, monsieur le ministre.

 Source : http://www.liberation.fr/politiques/01012375069-le-crachat-et-le-reve-francais

 

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Jeudi 1 décembre 2011 4 01 /12 /Déc /2011 16:49

Quand le drame légifère

 

Un fait divers dramatique, une loi. Cette équation résume la logique sarkoziste qui mise sur le tout sécuritaire. Réunis ce 22 novembre à la Maison de l’Education permanente de Lille, des magistrats, avocats, psychiatres et journalistes n’ont pas manqué de la dénoncer. Ils étaient appelés à réfléchir sur le traitement médiatique de la psychiatrie et de la justice. Le viol et le meurtre d’Agnès, avoué par un lycéen de son établissement (Haute-Loire) a suscité une très vie émotion.

 

La réponse gouvernementale n’a pas tardé. Le ministre de l’Intérieur a aussitôt dénoncé un dysfonctionnement (en faisant référence au passé psychiatrique et judiciaire du lycéen) et a souhaité la mise en place d’un nouveau code pénal pour les mineurs prévoyant une réaction rapide de la justice. Ce 24 novembre (une semaine après les faits), le conseil des ministres a étudié un projet de loi prévoyant notamment un renforcement des dispositifs de prévention de la récidive et un renforcement de la capacité d’accueil des centres éducatifs fermés (CEF) avec extension du suivi pédopsychiatrique à 25 centres supplémentaires (contre 13 actuellement).

 

A Lille, les participants du colloque « Psychiatrie – Justice » avaient fortement dénoncé la loi du 5 juillet dernier sur les soins psychiatriques sans consentement. Un texte « plus sécuritaire que sanitaire » disent tant les magistrats que les psychiatres. Pour Jean Danet, avocat au barreau de Nantes, la réaction gouvernementale au crime de Chambon-sur-Lignon est cousue de fil blanc. « On va faire passer tout ce qui ne l’a pas été jusqu’ici : la remise en cause de l’ordonnance du 2 février 1945 pour les 16-18 ans, une surveillance électronique accrue, etc.. La chaîne pénale est devenue une chaîne de sécurité (…) Le juge devient le gestionnaire d’un risque ».

 

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Jeudi 13 octobre 2011 4 13 /10 /Oct /2011 13:15

 

Après le grand oral, de la primaire :

Gauche molle, gauche dure et consensus

 

Après le débat entre Martine Aubry et François Hollande, hier soir sur France 2 et France Inter, les quotidiens semblent ce matin quelque peu déboussolés. Déjà, lundi dernier, au lendemain du premier tour de la primaire citoyenne, ils ne savait trop s’il fallait annoncer un « duel » ou une « finale » entre les deux candidats.

 

Avant le second tour mais après le dernier débat, la Voix du Nord de ce matin annonce que « ton s’est durci ». « (…) pas vraiment face à face mais déjà plus côte à côte », observe Hervé Favre à propos des débatteurs. La Une de Nord Eclair évoque un « passage à l’offensive ». Mais « au final, estime Sébastien Leroy, cela a donné un débat consensuel, où les deux ont exacerbé leurs minces différences ».

 

Minces différences

 

« Minces différences ». Tout est dit. Même la formule « gauche dure » contre « gauche molle » cède le pas au consensus. Si Nord Eclair la rappelle au début de son compte-rendu. Sébastien Leroy souligne en effet l’opposition entre la « gauche forte » souhaitée par Martine Aubry et le refus d’une « gauche dure » par son concurrent corrézien. Aussitôt après, il développe ces « différences de forme plus que de fond » qui les séparent. Sur quoi portent-elles ? le cumul des mandats, qui a « couté des soutiens » à Martine, la règle d’or, à laquelle François Hollande aurait souscrit selon la maire de Lille, le contrat de génération et la proposition de François Hollande de recruter 60 000 enseignants en 5 ans. C’est sur ces différentes questions que Martine Aubry est passé à l’offensive et qui justifie le titre principal de Nord Eclair

 

L’attaque frontale de la candidate sur la gauche molle n’a pas échappée à Hervé Fabre, pour La Voix du Nord, qui reste bien convaincu qu’elle visait François Hollande.  Pour le reste, écrit-il, « Martine Aubry a beaucoup insisté sur les « changements de position » qu’elle recense dans la campagne de son rival, à propos de la règle d’or et du déficit, des créations de postes dans l’enseignement, ou des licenciements boursiers dont Ségolène royal réclame l’interdiction ». On lira avec intérêt, toujours dans La Voix, l’article d’Olivier Berger consacré aux points de divergences sur l’économie, le social, l’Europe et la présidence. « Des divergences, mais ‘’dès lundi nous serons réunis’’ » .

 

La patronne vs l’homme d’Etat

 

En tout cas, note encore Hervé Favre, « après ces échanges d’amabilités, on a un peu de mal à imaginer l’un des deux camps se mettre au service de l’autre sans états d’âme dès dimanche soir ! ». Dans l’éditorial de Nord Eclair, Patrick Pépin insiste sur la personnalité des débatteurs et sur la forme du débat. « Peu de différences pour deux tempéraments opposés », juge-t-il. « Faute d’écart sur le contenu strictement dit, c’est bel et bien sur la personnalité de chacun et sur la forme que s’est joué vraiment le débat ».

 

Ainsi, pour l’éditorialiste, « la maire de Lille a joué la partie plus militante, plus patronne d’une grande formation politique. Le président du conseil général de Corrèze a continué d’affirmer une posture plus présidentielle, plus ‘’homme d’Etat’’ ». Et d’ajouter, faisant référence à l’ennemi commun des deux candidats en lice : « Pour briguer la fonction, comme Nicolas Sarkozy l’avait affirmé le concernant dès 2005, la préparation est essentielle, il ne faut penser qu’à ça. » Et nous ne dirons pas que c’est rasoir.

 

Bien évidemment, Liberté Hebdo a suivi attentivement le débat. Dans son éditorial à paraître dans l’édition de ce vendredi 14 octobre, Mathieu Hébert donne un avis clair, net et tranché : « Point de gauche molle ou de gauche dure. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une vraie gauche ». Voilà qui est dit. Mais nous ne résistons pas à vous conseiller également le reportage que Florence Traullé à réalisé au « Toucouleur », ce restaurant sénégalais de Lille où l’on pouvait assister à la retransmission du débat sur écran plasma.

 

D’accord, les consommateurs-électeurs étaient tous –ou presque- acquis à la cause de la candidate lilloise. Mais ils ont visiblement rigolé tout en regrettant l’absence de différences marquante et le consensus « Chacun est arrivé avec ses convictions et… reparti avec », conclu notre consœur. Bref, autant lire demain Liberté Hebdo car, finalement, « gauche molle » ou « gauche dure », est-ce bien la question ?

 

Philippe Allienne

Par Kelma Presse - Publié dans : Dans la presse
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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 02:29

Présidente de la sécurité

C'était la déclaration du jour. "Défiant" le ministre de l'Intérieur en visite à Marseille, comme l'a répété la télévision en couleur tout au long de ce lundi 29 août, la candidate Martine Aubry promet -si elle est élue au poste suprême- d'être "la présidente de la République de la sécurité. C'est dit : elle sera PRS. Elle serait donc aujourd'hui CRS (Candidate, etc.). La pègre n'en dort plus. Les petits délinquants non plus. Et les Roms ? Et les Sans Papiers ? Et les chômeurs ?...
Sérieux :  le chantre de la Sécurité pas sociale s'était finalement autoproclamé "président du pouvoir d'achat". Bilan : la délinquance a tellement reculé, comme l'affirme ce lundi Monsieur Claude Guéant, que les préfets en valsent de joie. Quant au pouvoir d'achat, on sait qu'il est en nette progression par rapport à l'indice de 1907.
 "Martine Aubry défie Claude Guéant", titre notamment ITélé.  Tonnerre d'Hortefeux ! "Défie" ou "Marche dans les pas" ? La sécurité : Voilà une valeur sûre. Et pour s'en convaincre, la Première socialiste évoque la "violence" vécue par les victimes obligées de limiter leurs sorties en ville.
Les millions de chômeurs, de travailleurs pauvres, de sans logis et sans abri, de mal logés, de sans avenir, etc, etc. n'ont sans doute pas le coeur à rire. Parce que la VRAIE violence est là, et bien là. Elle le sait pourtant bien, Martine Aubry. Les faiseurs de rumeur qu'elle dénonce avec juste raison, vont encore boire du petit lait. Pourquoi se disperser  ainsi ? La violence sociale ne doit-elle pas être la première à être ciblée, combattue, éradiquée par la gauche ? Martine Aubry aurait-elle finalement décidé de se laisser cornaquer par un gourou de la communication ? Celui de DSK, par exemple ? Euro RSCG qui mal y pense. Allez ! Sourions plutôt et attendons les titres  de la presse écrite de ce mardi matin. Mais continuons à nous indigner !  
Ph A
Par Kelma Presse - Publié dans : Faut rigoler
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Lundi 25 juillet 2011 1 25 /07 /Juil /2011 13:40

Sa folie meurtrière est-elle duplicable ?

Un  attentat à la bombe et une fusillade qui ont tué au mpins 93 personnes en Norvège. La détermination, la longue préparation et le geste définitif d'Anders Berhing Breivik  prennent de court jusqu'à l'exrême droite de ce pays. Le FrP auquel il était inscrit de 1997 à 2006 tente de marquer ses distances avec son ancien militant. Comme le Front national français, depuis qu'il est dirigé par Marine Le Pen, le FrP se veut en rupture avec  son  passé et avec ses éléments les plus durs, ses éléments ouvertement fascistes. On parle désormais du "nouveau visage" d e l'extrême droite européenne.

 

Mais, nouveau visage ou non, cette extrême-droite se caractérise toujours par sa xénophobie, son rejet de l'immigration, du multiculturalisme et de la double nationalité, sa préférence nationale, etc. En Norvège, le dialogue et le modernisme social, la santé économique, la force de la jeunesse cachent une islamophobie qui n'a cessé de croître. Le tueur d'Utoeya et d'Oslo se présente comme un "chasseur de marxistes", un croisé contre l'islam, contre le" socialisme et contre les médias. Il est convaincu que son pays est menacé d'islamisation.

 

Pour horrible que soit son action, les arguments et les motivations d'Anders Breivik ne sont pas sans rappeler le combat que mènent, en France, des groupes comme "Riposte laïque" que nous dénoncions sur ce blog il y a quelques jours à peine :

http://kelmapresse.over-blog.com/article-le-journal-riposte-laique-n-est-pas-laic-79833167.html

 

Les "Assises de l'islamisation de l'Europe", tenues à l'espace Charenton, à Paris, en décembre dernier, les "apéros-saucisson-pinard", la violence des propos tenus sur ce site qui prétend défendre une "laïcité de combat" sont autant d'initiatives démagogiques propres à susciter les peurs et à développer les haines. L'époque n'a vraiment pas besoin de cela. Comme en Norvège, la bête immonde qui sommeille peut, avant de se réveiller, avoir des sursauts inattendus.

Par Kelma Presse - Publié dans : Actualités
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